Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 23:05

1989-1990 : Recherches à la Bibliothèque Nationale dans la continuité de la maîtrise et à l’occasion de notre service national : étude des actes du cartulaire de Fontevraud correspondant aux premières années de l’Abbaye et marquées par la présence de Robert d’Arbrissel (années 1101 à 1115, de la fondation de Fontevraud à la mort de Robert).

 

1-      Transcription de 40 actes à partir du cartulaire original.

Ces 40 actes sont issus du Fragment de Paris (FP) du cartulaire de Fontevraud, conservé à la Bibliothèque Nationale, au département des manuscrits, dans les Nouvelles acquisitions latines sous la cote 2414 : folios CXXXXVI à CCLXIX numérotés de 1 à 136 au XIXème siècle, soit 370 actes. Nous avons également consulté la copie du Fragment d’Angers (FA) réalisée par Marchegay au XIXème siècle : folios IX à XVIII numérotés de 1 à 18 au XIXème siècle, soit 36 actes.

 

2-      Début d’analyse : étude des bénéficiaires des actes et des souscripteurs afin de mieux cerner la genèse de l’Abbaye de Fontevraud. (INEDIT) ; un essai de datation la plus fine possible des actes, comme à La Roë, permettrait d’approfondir et de perfectionner de manière conséquente cette approche.

 

NB : nous reproduisons ici un début d’analyse qui date de 1990 et que les circonstances ne nous ont pas permis de retravailler et d’approfondir par la suite ; nous sommes très conscient des limites de cette approche ; certains aspects nous ont cependant paru intéressants à partager pour une meilleure connaissance de Robert d’Arbrissel.

 

            Comme à La Roë, Robert s’intéresse activement à sa nouvelle communauté ; la plupart des actes (39)montrent la présence certaine de Robert à Fontevraud, malgré la poursuite de ses prédications itinérantes. Il reçoit les dons « in manu » et il donne « dedit » en échange. Cet intérêt ne décroît pas avec le temps.

            Robert reste un ermite comme le montrent les concessions à titre personnel - et non à une institution - (FP folio 59, 2ème acte et folio 84, 2ème acte ; Oudart, 1986). Il ne porte jamais le titre d’« abbas » mais on le retrouve, comme à La Roë avec les titres de « pater », de « magister » ou de « domnus » dans la logique des deux initiatives du pape Urbain II à son égard en février 1096. Le terme « monseigneur » - « domnus » - est un titre honorifique impliquant une prééminence morale de Robert sur ceux qui le suivent (Oudart, 1986, p 27).

            Concernant les relations de Robert avec les « dominae » (Hersende et Pétronille), un acte (FP folio 41, 2ème acte, FA acte n°23) montre une expression étonnante ; la concession est faite « in manu magistri Roberti et Hersindis priorisse » ; cette expression donne l’impression d’une gestion bicéphale de Fontevraud, ce qui n’est pas ordinaire ; les « dominae » semblent vouloir s’octroyer une place prépondérante dans la communauté et notamment à l’égard de Robert. Le folio 37, 4ème acte va dans le même sens.

            Qu’en est-il de la place des frères dans cette communauté mixte ? Les souscriptions mentionnent les frères et les « dominae », d’ailleurs toujours mentionnés ensemble, mais jamais les autres religieuses. De plus, les « dominae » sont toujours mentionnées à la suite des frères. Cet ordre de succession est-il sans importance ? Les frères ne tiendraient-ils pas un rang relativement important dans la communauté ?

Dans plusieurs actes de donation ou de vente concernant explicitement Fontevraud (FP folio 89, 4ème acte et folio 133), c’est aux frères que sont montrées les limites de la terre ; ce sont eux qui en échange donnent un cheval ; auraient-ils donc la gestion du patrimoine foncier ?

Ce sont les « disciples » de Robert (FP folio 59, 2ème acte), « ses hommes pieux » (FP folio 84, 2ème acte) ; l’emploi du possessif dans ce dernier acte va dans le sens d’un lien très fort avec Robert. Ils semblent être sous l’autorité directe de Robert et non des « dominae ».

Dans le même acte, les frères reçoivent des dons en propre ; ils assurent la cure d’une paroisse ; ils accompagnent Robert dans ses pérégrinations ; tout cela va dans le sens d’une grande liberté des frères par rapport à Fontevraud.

Les frères, de même que Robert, semblent rester des ermites, car ils peuvent recevoir avec Robert des donations à titre personnel (cf.acte précédent), et ce qui est très étonnant, sans rattachement à Fontevraud.

Il est intéressant de souligner que dans le probable acte de fondation de Fontevraud (Patrologie latine 162, col 1104, n°XIX), la donation est faite à Robert et aux « mulierum religiosarum » ; il n’est aucunement mention des « hommes pieux » de Robert, ce qui irait dans le sens de nos précédentes remarques. Robert n’a probablement pas eu l’idée à l’origine de créer un ordre mixte. A-il même pensé à un ordre religieux, l’acte ne mentionnant aucun « ordo » mais plutôt un groupe informel, ce  qui va dans le sens du caractère érémitique de la fondation.

 

            Qu’en est-il du statut des sœurs ? Un acte est particulièrement surprenant les concernant (FP folio 36, 3ème acte) ; elles y sont mentionnées  de manière unique dans les actes de Fontevraud comme « canonicae » : « dono… domno Roberto et canonicabus fontis evraudi ». Cet acte est passé en présence de Pierre II, évêque de Poitiers ; c’est probablement un des tout premiers actes de l’abbaye ; une erreur du copiste semble hors de question ; le statut canonial serait-il à Fontevraud le tout premier statut, à l’image de La Roë, des « mulierum religiosarum » ( Patrologie latine 162, op. cit.) avant celui de moniales « sanctimonialibus » ? Il est bon de rappeler que la règle de Saint Augustin mentionnée dans l’acte de fondation de La Roë était probablement la « regula tertia » qui  « était considérée plus comme un modèle de genre de vie que comme un texte à suivre » . « Elle ne constitue pas en effet une règle proprement dite mais contient des directives générales pour la vie spirituelle» (cf notre mémoire de maîtrise : première partie I B 3). De plus, cette règle se présentait sous une double forme masculine et féminine (idem). Pourquoi ne pas imaginer que Robert ait pu choisir cette règle pour Fontevraud ? Rappelons aussi que Fontevraud a été fondé en 1101, avant Pâques, et que Quintin, premier abbé de La Roë, est consacré un 17 décembre 1102-1105, soit au moins un an et demi après la fondation de Fontevraud ; cette dernière date marque le départ définitif de Robert de La Roë (cf. notre mémoire de maîtrise : troisième partie I D). Durant cette période d’un an et demi au moins, Robert gère donc à la fois La Roë et Fontevraud. Il est probable que Fontevraud ait été soumise dès son origine à l’autorité directe de Robert et non à La Roë, ce que nous retrouvons pour la fondation de plusieurs prieurés qui seront ultérieurement rattachés à Fontevraud comme Orsan  ou Chaufournois. Dans ce qui est probablement l’acte de fondation de Fontevraud (Patrologie latine 162 op. cit.), Robert et les « mulierum religiosarum » reçoivent la donation de la vallée de Fontevraud à titre personnel, ce qui est, encore une fois, typique de l’érémitisme comme nous l’avons souligné ci-dessus : « dono domno Roberto de Arbrissello et conventui mulierum religiosarum… ». Robert a donc été été libre de rattacher ou non Fontevraud à La Roë. Au tout début de son existence, l’éventualité d’un rattachement de Fontevraud à La Roë ne semble donc pas exclue. La consécration du premier autel de Fontevraud en l’honneur de Notre-Dame, comme à La Roë (Patrologie latine 162 op. cit.) et la mention de « canonicae » vont dans le sens de cette hypothèse. La consécration de Quintin à La Roë et donc le départ de Robert pourraient être le signe de la nouvelle orientation monastique de la fondation fontevriste, Robert se rendant compte qu’il ne pourrait finalement pas appliqué à Fontevraud le modèle canonial de La Roë.

 

Bibliographie

Oudart (H) : Vie érémitique et vie religieuse dans le diocèse de Bourges (milieu Xie-milieu XIIe), Thèse, Paris - Sorbonne, 1986. H. Oudart a abordé érémitisme et cénobitisme sous un angle nouveau à savoir celui du Droit.  

 

Par Jean Bienvenu
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 22:22

 

     1- DE NOUVELLES DONNEES.

( SYNTHESE ) 


Des fortifications à Plancoët ? La question peut paraître saugrenue, aucune étude n’ayant jamais été faite à ce sujet. Certains penseront peut-être au château-fort détruit à la fin du XIVème siècle et dont on recherche difficilement l’emplacement aujourd’hui, perdu dans l’urbanisation. C’est en cherchant à mieux cerner ce château qu’est née l’hypothèse d’une enceinte urbaine à Plancoët. Pour étayer cette hypothèse, nous avons procédé à une relecture systématique des rares sources écrites connues du Moyen Age et de l’époque moderne, faisant allusion directement ou indirectement à une possible enceinte. Nous avons relevé et confronté les termes latins ou français employés dans les textes et ayant trait à des fortifications. Nous avons croisé ces informations avec une observation de terrain rendue extrêmement délicate par l’urbanisation, sans négliger un éclairage lithologique. Nous avons essayé de faire l’inventaire des traces matérielles pouvant dénoter. Notre étude s’est enfin appuyée sur une mise en relation étroite des cadastres plancoëtins.

 

Article à paraître en novembre 2008 dans les dossiers du CeRAA, Centre Régional d’Archéologie d’Alet, rue de Gaspé, BP 60, 35413 SAINT-MALO CEDEX, Tél. : 02 99 82 63 73. Cette recherche fait actuellement l’objet d’un Master 2 préparé à l’Université de Rennes 2.

Par Jean Bienvenu
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 21:40

 

Depuis 2001 : Recherches sur les fortifications de Plancoët en tant que membre actif du CeRAA. Travail bénévole dans ce centre dans le cadre d’une recherche de terrain qui sera valorisée par la publication d’un article en novembre 2008.

 

Notre recherche a déjà été citée dans un article de Jean-Pierre Le Gal la Salle et de Jacques Henri Clément : La puissance féodale de la Hunaudaye en Penthièvre sous Lamballe et Moncontour, in Les Amis de Lamballe et du Penthièvre, bulletin 2007-mémoires 2006, n°34 (note n°90 p 200) ; ainsi que dans un autre article de la même revue, sous la plume de Louis Chauris, géologue et directeur de recherche au CNRS : Les pierres du château de La Hunaudaye - éclairage lithologique préliminaire des ruines (note n°9 p 438).

 

Notre mission s’est structurée autour de 5 axes :

 

1-      Mise en relation étroite des cadastres plancoëtins de 1827 et de 1983.

          Cette comparaison est à l’origine de notre hypothèse d’enceinte urbaine à Plancoët : le reste de tour dominant actuellement l’Arguenon et situé sur la parcelle 105 apparaît  clairement sur le cadastre de 1827 comme une tour d’angle, sans rapport direct avec le château, et particulièrement bien placée à la limite de cet espace presque circulaire que forment les parcelles foncières autour de la place de l’actuelle mairie; là a commencé notre intérêt pour le cadastre.

          Elle a aussi renforcé la forte probabilité de localisation du château-fort.

          Elle nous a de plus permis d’ébaucher une chronologie du bâti à Plancoët et de mieux cerner le probable tracé sud de l’enceinte urbaine et du château.

 

2-     Croisement de ces informations avec une observation de terrain  en essayant de faire l’inventaire de toutes les traces matérielles pouvant dénoter.

          Cet axe de recherche a été le plus important.

          Nous avons commencé par observé le terrain à l’emplacement très probable du château puis nous avons cherché des indices matériels allant dans le sens de notre hypothèse d’enceinte urbaine.

 

           D’une manière générale, nous avons effectué les tâches suivantes :

 

-         observation systématique de l’espace bâti et non bâti situé sur l’emplacement très probable du château ou de l’hypothétique enceinte urbaine. Pour cette dernière, nous avons observé l’espace bâti et non bâti situé le long du périmètre visible ou supposé de cet espace quasi-circulaire visible sur le cadastre et centré sur l’actuelle mairie ; soit nous avons observé des restes de murailles ou de tours, soit on ne les voit pas mais des constructions plus récentes qui entourèrent la muraille en conservent la trace ou encore des bâtiments actuels en épousent le tracé, phénomène que nous retrouvons pour l’emplacement probable d’une tour ; le tracé de l’enceinte semble avoir été comme fossilisé.

-         Essai de dégagement de la topographie des sites à travers l’observation et le relevé des remblais et des caves des immeubles pouvant nous permettre de souligner le profil du socle rocheux. Observation du socle rocheux à l’occasion de travaux.

-         Essai de détermination d’une chronologie des murs, en lien avec les deux cadastres.

-         Prise de mesures et réalisations de croquis.

-         Prospection de surface avant travaux puis datation du matériel récolté par Catherine Bizien, archéologue au CeRAA.

-         Comparaison des observations avec d’autres châteaux ou enceintes urbaines de la région : Montafilan en Corseul, Le Guildo, Dinan, Saint-Malo, Alet, Bécherel, mais aussi Josselin.

 

3-     Relecture systématique des rares sources écrites connues du Moyen Age et de l’époque moderne, faisant allusion directement ou indirectement à des fortifications à Plancoët.

Aucun historien ou érudit local n’ayant émis l’hypothèse d’une enceinte urbaine à Plancoët, cette relecture était indispensable ; nous avons consulté quatre formes de sources:

-         Aveux et minus de l’époque moderne concernant Plancoët ( aveux datés du 7 novembre 1406, du 3 juillet 1414, du 2 novembre 1570, du 24 décembre 1728… ; minus de rachat de 1499), dont nous avons consultés les copies et certains originaux aux Archives départementales de Saint-Brieuc ; copies issues de la série E 490 (4), rédigées à la fin du XVIIIème siècle ; originaux consultés datés de 1570 (série 1 E 137) – aveu le plus précis rendu par René Tournemine - et de 1728 (série 1 E 169) – aveu rendu par le comte de Rieux -. Documents essentiels pour les droits seigneuriaux d’alors ou tombés en désuétude à Plancoët, et mentionnant souvent le château.

-         Chroniqueurs et voyageurs faisant allusion à Plancoët : la célèbre Chronique de Saint-Brieuc, rédigée en latin entre 1389 et 1416 par un auteur qui reste anonyme, qui décrit la prise du fortalicium de Plancoët par le duc Jean IV vers 1390 ( col. 854 in Dom Guy Alexis Lobineau, Histoire de Bretagne, tome II – preuves et pièces justificatives -, Paris 1707 ) ; et Ogée qui décrit l’emplacement du château ( in Dictionnaire historique et géographique de la Bretagne, Rennes, Molliex, 1843 ).

-         Comptes des revenus de la terre de Plancoët au duc de Bretagne : les premiers s’étalent de 1414 à 1420 ; 3 registres ont survécu, consultables dans la série 1 E 177-178 (originaux) ; des emplacements de maisons y sont plusieurs fois mentionnés, pouvant faire allusion indirectement au siège de 1389-1390.

-         Actes notariés de la fin du XVIIIème siècle, épluchés remarquablement par Joseph Chenu, historien de Plancoët, dans son ouvrage : Plancoët au temps de Chateaubriand, 1995 (en vente chez l’auteur). Ces actes font allusion pour Plancoët à des « portes », à des « murailles »…

 

4-     Etude critique des termes latins de la Chronique de Saint-Brieuc ayant trait à des fortifications.

           La Chronique de Saint-Brieuc est le texte le plus ancien connu faisant allusion à des fortifications à Plancoët. Elle a été rédigée, comme nous l’avons souligné ci-dessus, en latin entre 1389 et 1416 par un auteur qui reste anonyme. Ce texte médiéval a particulièrement retenu notre attention, car l’auteur mentionne une fois Plancoët, faisant clairement allusion à des fortifications en des termes qu’il nous a paru bon de tenter d’éclaircir. L’auteur fait ainsi allusion à la destruction d’un « fortalicium » à Plancoët sous l’impulsion du duc Jean IV.

            Nous avons commencé par traduire ce texte, traduction qui a été relue et corrigée par Mr Bertrand Ham, docteur en Lettres classiques enseignant à l’Université Catholique de l’Ouest à Angers et animant notamment un cours de traduction de textes médiévaux avec Mr Olivier Guillot, professeur émérite d’Histoire médiévale à Paris IV Sorbonne.

            Puis nous avons fait une recherche dans les deux grands dictionnaires du latin médiéval que sont Du Cange et Niermeyer ainsi que sur internet afin d’avoir une idée de l’état de la recherche sur ce mot. Ce terme nous est apparu polysémique en fonction des régions étudiées et ne semble pas avoir encore fait l’objet d’une définition synthétique.

            Nous nous sommes alors attachés à cerner au plus près sa traduction dans le cadre précis des Chroniques de Saint-Brieuc. Pour cela, nous avons procédé à un relevé systématique des termes « castrum » et « fortalicium » dans cette dernière et à une analyse critique de l’emploi de ces deux mots.

 

5-     Un éclairage lithologique n’a pas été négligé.

    Cet éclairage a été notre ultime approche des fortifications plancoëtines. Nous nous sommes posé en effet la question du devenir des pierres de ces fortifications et avons émis l’hypothèse d’une réutilisation pour la reconstruction du château de La Hunaudaye au début du XVème siècle. Hypothèse que nous avons présentée pour la première fois le 21 octobre 2006 à l’occasion d’une table ronde, organisée par les Amis de Lamballe et du Penthièvre, que nous avons animée sur le thème du château de Plancoët. Cette hypothèse a été reprise avec intérêt par Mr Louis Chauris, géologue et directeur de recherche au CNRS (Les Amis de Lamballe et du Penthièvre 2007, p 438 note n°9). Afin de la conforter, nous avons fait appel à une de nos collègues, Melle Marie Lecoq, agrégée de Sciences de la Vie et de la Terre au Lycée Institution Saint-Malo La Providence à Saint-Malo, qui nous a apporté un précieux éclairage lithologique sur Plancoët.

Par Jean Bienvenu
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 21:35
 

(1) Guillot (0) : Le comte d'Anjou et son entourage au XIe siècle, Paris 1972, tome I, p. 281-­352.

(2) Bienvenu (J.-M.) : L'étonnant fondateur de Fontevraud, Robert d'Arbrissel, Paris, 1981,

p. 54-55 .

(3) Ibid. p. 41.

(4) Catalogue d'actes, n° l.

(5) Angot (abbé A.) : Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, Laval, 1902, tome III, article Roë (La), p. 439.

(6) Archives Départementales de la Mayenne, Mc 26, Édition critique (dactylographiée) du car­tulaire de l'abbaye Notre-Dame de la Roë, par Mme Hamon-Jugnet, thèse de l'École des Chartes, Paris, 1971, p. IV.

(7) Milis (L) : L'ordre des chanoines réguliers d'Arrouaise, Brugge, 1969, tome I, p. 82.

(8) Bienvenu (J.-M.), op. cit.

(9) Vita Beati Roberti de Arbrissello, auctore Baldrico episcopo dolensi dans la Patrologie

latine de Migne, t. 162, col. 1043-1058.

(10) A.D. May, Mc 26, Édition critique du Cartulaire ... de la Roë, p. XVI.

(11) Catalogue d'actes, n° 1 à 3.

(12) Catalogue d'actes, n° 4 à 13 ; l'acte n° 14 (12 février 1096 - 2 décembre 1102/1105) n'a pu être daté plus précisément.

(13) Catalogue d'actes, n° 1 : ... ego Raginaldus Roberti Burgundi filius ... quoddam boscum meum Credonensi castro proximum, ad edificandam ibi ecclesiam beate et gloriae virginis Marie, de jure meo in jus canonicorum sub beati Augustini regula in eadem ecclesia degen­tium perpetua transfunda ... ea siquidem conditione ut nullus alius ordo intra prefatam ecclesiam aut in presenti aut in futuro preter canonicorum canonice illic habitantium admit­tatur …

(14) Catalogue d'actes, ibid. : Robertus et Quintinus et duo Hervei.

(15) Catalogue d'actes, n° 2 : ... post donum domni Raginaldi Burgundi forestarii voluerunt habere villicationem suam et omnes cosdumas quas habebant in tota alia foresta tam cum heremitis quam cum aliis hominibus suis.

(16) Becquet (Dom J.) : « L'érémitisme clérical et laïc dans l'Ouest de la France » dans L'eremitismo in Occidente nei secoli XI e XIl, Milano, 1965, p. 188.

(17) D'après J.-M. Bienvenu (op. cit., p. 28), Robert d'Arbrissel serait parti au désert (forêt de Craon) vers le printemps 1095.

(18) Vita Beati Roberti de Arbrissello ... , op. cit., col. 1049 : Dies affuit, quo ad eremum diu concupitam ascito sibi quodam presbytero, mundo renuntians, convolavit, divertit in sil­vam ...

(19) Yves de Chartres: Correspondance éditée et traduite par Dom Jean Leclercq, tome I (1090­-1098), Paris, 1949, lettres n° 34 et n° 37.

(20) Bienvenu (J.-M.), op. cit., p. 32.

(21) Yves de Chartres: Correspondance, op. cit., lettre n° 37, p. 156-157 : Apud fratrem Lambertum habe me excusatum, quia nondum mihi scribere licuit quae voluit. Scribam autem quae Deus donaverit, cum mihi opportunum fuerit.

(22) Catalogues d'actes, n° 1 : ad edificandam ibi ecclesiam Beate et Gloriose Virginis Marie.

(23) Catalogue d'actes, n° 3 : in honorem gloriosissime Virginis Marie necnon et sancti Johannis Evangeliste ministri ejus.

(24) Dereine (C) : « Les coutumiers de Saint-Quentin de Beauvais et de Springiersbach » dans la Revue d'histoire ecclesiastique, Louvain, 1948, vol. XLIII, p. 29.

(25) Bienvenu (J.M.), op. cit., p. 95.

(26) Catalogue d'actes, n° 2 : ... post donum domni Raginaldi Burgundi forestarii voluerunt habere villicationem suam et omnes cosdumas quas habebant in tota alia foresta tam cum heremitis quam cum aliis hominibus suis. Quapropter Bernadus et Raginaldus forestarii ceperunt securem de manibus Humberti primi eremite, qui cedebat unum truncum apium ... Unde Umbertus et alii valde tristes pecierunt donnum Raginaldum dominum de Credone dicentes ut defenderet suum donum de forestariis aut ipsi non amplius edificarent in sua ele­mosina sed fugerent in aliam terram.

(27) Catalogue d'actes, n° 3.

(28) Milis (L) ; op. cit, p. 84.

(29) Dereine (C) : « L'élaboration du statut canonique des chanoines réguliers spécialement sous Urbain II » dans la Revue d'histoire ecclésiastique, n° 46 (1951), p. 554.

(30) Catalogue d'actes, n° 3 : utrum essent aliqui habitantes ... in foresta qui possent libere esse parrochiani hujus cimiterii quod benedicere volebat.

(31) Catalogue d'actes, n° 3 : ... domnus Josfredus qui cognominatur de Meduana, Andegavorum magne nobilitatis episcopus, a senioribus loci nostri, id est a domno Raginaldo Allobroge et a filiis ejus, insuper a patribus nostris Roberto scilicet de Arbrisel atque a Quintino exoratus, locum nostrum cum quadam parte personarum ecclesie Sancti Mauricii visitare dignatus est.

(32) Catalogue d'actes, ibid. : ... domnus Robertus de Arbrisel perrexit Andegavim una cum sociis suis videlicet Quintino atque Herveo de Sancta Trinitate, ibique in presentia domni Josfredi episcopi et totius capituli Sancti Mauricii, constitutum fuit ut ecclesia nostra sue matri. ecclesie, pro sinodo et circheia, tres solidos redderet, quia parva erat parrochia, quando alie matri ecclesie quatuor solidos redderent...

(33) Catalogue d'actes, n° 4 : notam esse volumus concordiam quam fecimus cum canonicis Sancti Nicholai Credonensis ecclesie de decima nostre terre quam ex dono domni Raginaldi Burgundi suam antiquitus esse dicebant.

(34) Catalogue d'actes, n° 1 : de clericis in prefata ecclesia sub regula degentibus : Robertus et Quintinus et duo Hervei et alii duo.

(35) Oudart (H) : Vie érémitique et vie religieuse dans le diocèse de Bourges (milieu XIe - milieu XIIe), Thèse, Paris - Sorbonne, 1986, p. 27. H. Oudart a abordé érémitisme et cénobitisme sous un angle nouveau à savoir celui du Droit. Les résultats remarquables de ce jeune historien nous ont incité à utiliser sa méthode d'approche pour mieux cerner la genèse de Notre-Dame-du-Bois à travers l'étude de son organisation et de son statut foncier.

(36) Catalogue d'actes, n° 2 : de clericis prefate ecclesie : donnus Robertus de Arbresel, donnus

Quintinus, donnus Herveus, Gauterius, Parvus.

(37) Oudart (H), op. cit., p. 24.

(38) Cf. supra, n° 31.

(39) Cf. supra, n° 32.

(40) Comte (F) : L'abbaye Toussaint d'Angers des origines à 1330, Angers, 1985, p. 31.

(41) Ibid.

(42) Dereine (C) : « Les coutumiers de Saint-Quentin de Beauvais et de Springiersbach », op cit., p. 413.

(43) Catalogue d'actes, n° 4 : Domnus vero Raginaldus Burgundus primus fundator loci nostri terram illam scilicet septem masuras ... dederat ...

(44) Cf. infra, p.

(45) Catalogue d'actes, n° 12 : ... rogavi tres filios meos ... ut quatuor mediterreas quas in silva mea novas apperueram ... darent ecclesie Sancte Marie de Bosco. et cum eis dimidium molendinum alteram medietatem cujus dederam jam supradicte ecclesie in primo dono terre quod feci.

(46) Catalogue d'actes, n° 3 : ... domnus Josfredus qui cognominatur de Meduana ... , a senioribus loci nostri, id est a domno Raginaldo Allobroge et a filliis ejus ... exoratus, locum nostrum .. visitare dignatus est.

(47) Catalogue d'actes, n° 1 : ... quoddam boscum meum ... perpetuo transfundo ita solidum et a consuetudinibus omnibus exceptum qualiter a Fulcone Andegavensi comite Juniori solidum et quietum illud usque in presentem diem tenui et teneo.

(48) Oudart (H), op. cit., p. 32.

(49) Catalogues) d'actes, n° 1: Concessit etiam Raginaldus Credonensis et Mauritius filius ejus supradicte ecclesie et loci fratribus quicquid de feudo suo in quocumque loce amplius emerint seu quicquid eidem ecclesie attribuetur de rebus ad suum dominium pertinentibus.

(50) Oudart (H), op. cit. p. 31.

(51) Catalogue d'actes, n° 2 : post donum donni Raginaldi Burgundi.

(52) Catalogue d'actes, n° 4 : ex dono domni Raginaldi Burgundi.

(53) Catalogue d'actes, n° 2 : post donum donni Raginaldi Burgundi forestarii voluerunt habere villicationem suam et omnes cosdumas quas habebant in tota alia foresta tam cum heremitis quam cum aliis hominibus suis.

(54) Catalogue d'actes, n° 2: ut defenderet suum donum de forestariis.

(55) lbid.: ... aut ipsi non amplius edificarent in sua elemosina sed fugerent in aliam terram.

(56) Catalogue d'actes, n° 4 : ... notam esse volumus concordiam quam fecimus cum canonicis Sancti Nicholai Credonensis ecclesie de decima nostre terre quam ex dono domni Raginaldi Burgundi suam antiquitus esse dicebant.

(57) Bienvenu (J.-M.), op. cit., p. 42.

(58) Catalogue d'actes, n° 1 : per impositionem manus.

(59) Vita Beati Roberti de Arbrisselo ... , op. cit.

(60) Bienvenu (J.-M.), op. cit., p. 42.

(61) Vita Beati Roberti de Arbrissello ... , op. cit., col. 1050 : lntellexit etenim quod Spiritus sanctus os ejus aperuerit.

(62) Cf. Appendice.

(63) Bienvenu (J.-M.), op. cit., p. 42.

(64) Yves de Chartres, op. cit. ; cf. aussi Bienvenu (J.-M.), op. cit., p. 32.

(65) Yves de Chartres, op. cit., lettre n° 34, P. 140-141 : Postquam vero, Spiritu consilii et forti­tudinis armatus, calliditates antiqui hostis evitare consueveris, jam exercitatior in spirituali certamine poteris solus, si ita contingat, contra quoslibet hostes certamen inire, quorum impetus didiceris sustinere in acie.

(66) Bienvenu (J.-M.), op. cit., p. 42.

(67) Cf. supra, n° 31.

(68) Bienvenu (J.-M.), op. cit., p. 45.

(69) lbid. p. 149.

(70) Catalogue d'actes, n° 7 : primus pater et pastor nostre congregationis.

(71) Cf. supra, p. 16.

(72) Catalogue d'actes, n° 7 : ... nemo hominum derogare audeat opus misericordie quod fecit olim domnus Robertus de Arbrisel...

(73) Cf. infra, p. 23.

(74) Catalogue d'actes, n° 14 : verbum Dei per diversa loca seminante.

(75) D'après J.-M. Bienvenu (op. cit., p. 74) Robert d'Arbrissel aurait fondé Fontevraud dans les premiers mois de l'année 1101, avant Pâques.

(76) Catalogue d'actes: mention de Gautier le Petit, prieur, dans l'acte n° 5 ; de Guérin, prieur, dans les actes n° 6, 7, 8 et 9 ; d'Aubin, prieur, dans l'acte n° 11.

(77) Catalogue d'actes, n° 5 : « ... Gauterii Parvi tunc temporis prioris ecclesie sub domno Roberto de Arbresel.

(78) Cf. supra, p. 21.

(79) Catalogue d'actes, n° 5 : Donum mediterrie et prati dedit Guillermus ecclesie per manum Gauterii Parvi tunc temporis prioris ecclesie ...

(80) Catalogue d'actes, n° 6, 7, 8, 9.

(81) Catalogue d'actes: mention d'un certain Robert, sacristain, dans les actes n° 7, 8 et 9 ; un autre sacristain, Stéphane, est mentionné au moment de la bénédiction abbatiale de Quintin (acte n° 13).

(82) Catalogue d'actes, n° 7.

(83) Catalogue d'actes, n° 8 et 9.

(84) Catalogue d'actes, ibid.

(85) Cf. supra, p. 22.

(86) Un acte postérieur, l'acte n° CXCIII du cartulaire de la Roë, daté de 1156, précise même:

pueri de scola.

(87) Catalogue d'actes, n° 13.

(88) Cf. supra, n. 75.

(89) Cf. supra, p. 15.

(90) Catalogue d'actes, n° 11.

(91) Gallia Christiana in provincias ecclesiasticas distributa par les Bénédictins de Saint-Maur puis par B. Hauréau (1715 - 1865), t. II, instrumenta, col. 1387 : virum scilicet rectum et religiosum.

(92) Ibid. t. II, col. 197.

(93) Cartulaire noir de la Cathédrale d'Angers, éd. Ch. Urseau, Angers, 1908, charte n° 145, p. 237-238 : morum honestatem et vitae sanctitatem.

(94) Bienvenu (J.-M.), op. cit., p. 73-74.

(95) Catalogue d'actes, n° 12 : usque adeo ellim perpaucis adhuc donariis illam ecclesiam funda­veram quod possesioncula ecclesie canonicorum sumptui illic Deo servientium nullatenus sufficere posset, nisi donatio fidelium ampliorem eam faceret.

(96) Catalogue d'actes, n° 4 : Domnus vero Raginaldus Burgundus primus fundator loci nostri terram illam scilicet septem masuras eum omnibus exitibus suis ... dederat ...

(97) Cf. supra, p. 18.

(98) Catalogue d'actes, n° 5, 6, 7, 8, 10 et 12; les deux derniers actes rapportent des donations de

Renaud le Bourguignon.

(99) Catalogue d'actes, n° 7.

(100) Catalogue d'actes, n° 9.

(101) Catalogue d'actes, n° 12.

(102) Catalogue d'actes, n° 5 : Hoc nolentes suffere canonicii dederunt eis Xll den. per annum.

(103) Catalogue d'actes, n° 4 : ... illius nostre terre decimam et omnes exitus quasi propria nostra

retinentes eam canonicis Sancti Nicholai reddere nullatenus volebamus.

(104) Catalogue d'actes, n° 12 : dominio quietas.

(l05) Ibid. : ut jure perpetuo inter propria possiderent.

(106) Cf. supra, p. 13 et n. 46.

(107) A.D. Mav. Mc 26. Édition critique du cartulaire ... de la Roë, p. XII.

(108) Recueil d'annales angevines et vendômoises, éd. L. Halphen, Paris, 1903.

(109) Catalogue d'actes, n°Al : Affuerunt etiam de clericis pape…Milo Sancti Albini monacus.

(110) Recueil d'annales anjtevines et vendômoises, op.cit., p. 89 : Monachi enim Sancti Albini ut sua ecclesia consecraretur noluerunt, pro qua re maxime papa venerat, adductus a Milone…

(111) Idem, p. 42 : Anno MXCVI, III idus februarii, cum praedictus papa in urbe Andecava resideret ••• terribilem eclypsim passa est a media nocte usque ad lucem.

(112) Idem, p. 89.

(113) Cartulaire de l'abbaye Saint-Aubin d'Angers, éd. B. de Broussillon, t. II, Paris, 1903, acte n° 413 ; l'original de la bulle papale se trouve aux Archives départementales de Maine-et-Loire (cote Hl).

(114) GUILLOT (0) : Le comte d'Anjou et son entourage au XIè siècle, Paris, 1972, t. I, appendice I, p. 443.

(115) Cartulaire de l'abbaye Saint-Aubin d'Angers, op. cit., acte n° 413 :… Beati Albini monasterium cui, Deo auctore, presides, cum universis ad ipsumpertinentibus, sub tutelam Apostolice Sedis excipimus ,… Decernimus ergo et nulli omnino hominum liceat idem monasterium temere perturbare, aut ejus possessiones auferre"…

(116) Idem: Obeunte te, nunc ejus loci abbate, vel tuorum quolibet succes­sorum, nullus ibi qualibet subreptionis astutia seu violentia pre­ponatur, nisi quem fratres communi consensu vel fratrumpars consilii sanioris, secundum Dei timorem et beati Benedicti regulam, elegerint. Electus autem, secundum antiquam monasterii vestri consuetudinem, ab Andecavensi episcopo consecretur.

(117) LEMARIGNIER (J.F.) : Etude sur les privilèges d'exemption et de juri­diction ecclésiastique des abbayes normandes depuis les origines jusqu'en 1140, Paris, 1937, p. 188 - 190.

(118) LEMARIGNIER (J.F.) : "Les institutions ecclésiastiques en France de la fin du Xème siècle au milieu du Xllème siècle",t. III de l'His­toire des institutions françaises au Moyen Age, Paris, 1962, p.55.

(119) GUILLOT (0), op.cit., t. I, p. 195.

(120) Idem, p. 160.

(121) Cf. supra, n. 116.

(122) GUILLOT (0), op .cit., t. I, appendice I, p. 444-445.

(123) BIENVENU (J.M.) : "Un prétendu évêque d'Angers de l'an 1100, Geoffroy le Jeune et l'élection de Renaud de Martigné" dans Mémoires de l'Aca­démie d'Angers, 1967-1970, p. 46.

(124) BIENVENU (J.M.) : Recherches sur le diocèse d'Angers au temps de la réforme grégorienne, Thèse de Doctorat en Histoire (dactylographiée), Paris - Sorbonne, 1968, p. 255.

Par Jean Bienvenu
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 21:31

 

Tous les originaux des chartes et notices ci-après catalogués sont perdus. Leurs textes ont été copiés au XIIe  siècle dans un cartulaire maintenant conservé aux Archives départementales de la Mayenne sous la cote H 154.

 

Tous datent de la période qui s'est écoulée entre la fondation de la communauté canoniale de Notre-Dame-du-Bois, le 11 février 1096 (cf acte n° 1), et l'installation du premier abbé, le 17 décembre 1102-1105 (cf acte n° 13), soit quatorze actes.

 

Chacun est désigné par un numéro correspondant à son rang chronologique. Chaque ana­lyse d'acte reproduit, sauf les modifications qui nous ont paru nécessaires, celles que Mme Hamon-Jugnet en a faite pour l'édition critique du cartulaire préparée et soutenue par elle, en 1971, comme thèse de l'École des Chartes, mais nos recherches nous ont amené à changer la plu­part des dates. Lorsque nous nous sommes trouvé dans l'impossibilité d'établir une chronologie solide de la succession des actes, nous avons préféré nous en tenir à leur succession établie dans le cartulaire.

 

Les apparatus ont été allégés de toutes les références autres que celles qui concernent celui-ci et l'édition critique (dactylographiée) de Mme Hamon-Jugnet conservée aux Archives de la Mayenne sous la cote Mc 26 et en microfilm dans le même dépôt sous la cote 4 Mi 11 (R1).

 

 

N°1

Il février 1096

Angers

 

1) Charte: Le 11 février 1096, en la chambre de l'évêque d'Angers Geoffroy de Mayenne, Renaud fils de Robert le Bourguignon cède à six clercs un bois proche de son château de Craon, aussi exempt de coutumes qu'il a tenu jusque là du comte Foulques, pour qu'ils y édifient une église en l'honneur de la Vierge et y vivent se/on la règle de Saint Augustin.

 

2) Notice (à partir de « Concessit etiam ... ») : Il a cédé en outre tout ce que les chanoine achèteraient ou obtiendraient dans son fief. La charte a été confirmée le lendemain en la grand'chambre de l'évêque par le pape Urbain II qui a imposé la main sur elle; elle a été confirmée une seconde fois le 21 mars 1096, au concile de Tours, ainsi que par Renaud de Martigné (II02-II38), successeur de Geoffroy de Mayenne.

 

A) Original perdu

B) A.D.May. H 154, f° III

a) 1bid. Mc26 n° 1

 

 

N°2

12 février 1096 - 25 avril1097

Notre-Dame-du- Bois

 

Notice: Les forestiers de Renaud l'Allobroge ont renoncé, à sa demande, à tous leurs droits sur le bois des chanoines ;  mais, en échange, ils ont réclamé aux « burgenses» du groupe cano­nial quatre sous payables à la Noël ainsi que le panage a « Tartusis », et aux chanoines trois repas annuels.

 

A) Original perdu

B) A.D.May. H 154 f° XIII

a) Ibid. Mc26 n° 17

Nous pensons pouvoir placer cette notice entre la fondation du groupe canonial en février 1096 et la consécration de l'église en avril 1097. En effet, après le don de Renaud le Bourguignon - post donum domni Raginaldi Burgundi -, les chanoines défrichent leur bois - Humberti, primi heremite, qui cedebat unum truncum - ce qui provoque l'intervention immédiate des forestiers, intervention ne pouvant se situer qu'au tout début du défrichement; ce dernier est lié à une cons­truction - ipsi non amplius edificarent - qui ne peut être que celle de l'église canoniale ; il ne faut pas oublier en effet que, dans la charte de fondation, Renaud cède un bois à des clercs pour qu'ils y construisent une église; la construction étant remise en question par l'intervention des forestiers, les chanoines menacent de fuir - fugerent in aliam terram -.

 

 

N°3

25 avril 1097

Notre-Dame-du-Bois

 

Notice: Geoffroy de Mayenne, évêque d'Angers, venu à Notre-Dame-du-Bois à la prière de Renaud l'Allobroge, de ses fils et des pères du groupe canonial à savoir Robert d'Arbrissel et Quintin, pour bénir le cimetière et consacrer le premier autel, y a érigé en outre une paroisse.

 

Les droits de synode et de visite ont été ensuite fixés à trois sous dans le chapitre de Saint-Maurice d'Angers, en présence de l'évêque, de Robert d'Arbrissel, de Quintin et d'Hervé de la Sainte- Trinité.

 

A) Original perdu

B) A.D.May. H 154 f° IIII

a) Ibid. Mc26 n° 2

 

 

N°4

Jeudi 5 avril 1100

Craon, en l'église Saint-Nicolas

 

Notice: Un accord est intervenu entre les chanoines de Saint-Nicolas de Craon et ceux de Notre-Dame-du-Bois par lequel les premiers ont renoncé à la dîme qu'ils levaient sur la terre des

seconds. En échange, les chanoines de Saint-Nicolas ont reçu de Renaud le Bourguignon la dixième partie de son vinage et une terre dont le chanoine Aubry avait la jouissance jusqu'alors. En souvenir de cet accord, les chanoines de Notre-Dame-du-Bois ont promis de leur donner cha­que année une bouteille d'huile.

 

A) Original perdu

B) A.D.May. H 154 f° V (V°)

a) Ibid. Mc26 n° 4

 

N°5

Jeudi 5 avril 1100 - 2 août 1101

 

Notice: Guillaume de la Lande-Baruchon a donné aux chanoines de l'église Notre-Dame­-du-Bois la métairie d'Orgeriz avec toutes ses appartenances, le tout libre de coutumes, à l'excep­tion de l'obole du marchand. Il leur a donné en outre une prairie avec le consentement de Bellexende son épouse. Les chanoines devront verser annuellement douze deniers à Guérin du Moutiers et à Isabelle son épouse.

 

A) Original perdu

B) A.D.May. H 154 f° XII

a)      Ibid. Mc26 n° 16

 

La présence d'un prieur (Gautier le Petit) dans cet acte nous permet de déterminer le terminus a quo. On peut remarquer qu'aucun prieur n'est mentionné dans l'acte du jeudi 5 avril 1100, bien que Robert d'Arbrissel soit absent. Or les actes n° 5,6 et 8 mentionnent tous un prieur bien que Robert soit également absent. On peut donc en déduire avec certitude que le 5 avril 1100 Robert n'a pas encore nommé de prieur et que les actes n° 5, 6 et 8 sont postérieurs à l'acte 4. Nous savons en outre que le 2 août 1101 au plus tard se tint à Angers une élection épiscopale « qui devait aboutir à la désignation de Renaud de Martigné, ordonné le 12 janvier 1102 » (O. Guillot Le comte d'Anjou ... , t. II, acte C 420). L'acte 5 mentionnant Geoffroy de Mayenne, prédécesseur de Renaud de Martigné, cela nous permet de déterminer le terminus ad quem.

 

 

N°6

1100-1102/1105, un 21 septembre

Notre-Dame-du-Bois

 

Charte: Guillaume Roifagal, avec l'assentiment de Rainburge son épouse, d'Yves son beau· frère et de ses fils, donne aux chanoines de l'église Notre-Dame-du-Bois une terre de huit septrées à charge pour eux de rendre aux seigneurs de la terre cinq deniers de service pour le bordage dans lequel cette terre se situe. en échange, chaque année, en la fête de saint Matthieu apôtre, les chanoines devront fournir au donateur, à son épouse ou à un pauvre, un repas, et en outre dire un trentain de messes à leur mort.

 

A) Original perdu

B) A.D.May. H 154 XIIII (V°)

a)Ibid. Mc26 n° 19

 

Cette donation a été effectuée le jour de la fête de saint Matthieu apôtre, un 21 septembre. La présence d'un prieur (Guérin) nous permet de fixer le terminus a quo au 21 septembre 1100 (cf. acte 5). Nous savons en outre que Guérin était prieur sous Robert d'Arbrissel (cf. actes 7 et 9). Or une charte de Renaud le Bourguignon du 2 décembre 1102/1105 (acte 12) mentionne l'élection abbatiale de Quintin (Quintinus electus), ce dernier succé­dant à Robert à la tête de la communauté canoniale. Nous fixerons donc le terminus ad quem au 21 septembre 1102/11O5.

 

De plus le prieur Guérin (actes 6, 7, 8 et 9) a-t-il succédé au prieur Gautier le Petit (actes 5), ou inversement? Il nous est très difficile de trancher avec certitude. Nous pensons que Gautier le Petit a probablement été prieur avant Guérin car il fut l'un des six premiers chanoines de Notre-Dame-du-Bois, contrairement à Guérin. Il faut aussi remarquer que dans les souscrip­tions finales des actes passés sous le prieur Guérin, Gautier le Petit est toujours mentionné, lorsqu'il est présent, en deuxième position après le prieur, ce qui peut s'expliquer si nous admet­tons qu'il a été prieur avant Guérin. Nous avons donc placé, dans notre catalogue, les actes 6, 7, 8 et 9 après l'acte 5.

 

Enfin, il est également diffIcile d'établir un ordre chronologique en ce qui concerne les qua­tre actes passés sous le prieur Guérin (actes 14, 19, 48 et 53 de l'édition de Mme Hamon-Jugnet). Un certain Robert fils de Goscelin étant mentionné puer dans l'acte n° 48 (7 de notre catalogue) alors qu'il était mentionné canonicus dans les actes 14 et 53 (8 et 9 de notre catalogue), cela nous a permis de placer dans notre catalogue l'acte n°l4 entre l'acte n° 48 et l'acte n° 53. De plus, l'acte n° 14 nous montre Maurice, fils du seigneur Renaud de Craon, administrant la terre de son père, alors que dans l'acte n° 48 Renaud administre encore sa terre, ce qui ne fait que conforter notre choix chronologique. Ne pouvant obtenir d'autres précisions chronologiques, nous nous contente­rons ici de la succession établie dans le cartulaire.

 

 

N°7

5 avril 1100 - 2 décembre 1102/1105

Notre-Dame-du-Bois

 

Notice: Fromont de Nouvoitou, son fils ayant été inhumé dans le cimetière de Notre-Dame-­du-Bois, a donné aux chanoines, à Brains, la moitié du cens de la «villa», de la dîme de l'église et aussi du bien-fonds tenu en bénéfice par Vital le prêtre-desservant. Après le départ de Vital pour Jérusalem, il a concédé tout le bien-fonds. Il a donné en outre toutes les coutumes que feraient les hommes des chanoines sur toute sa terre.

 

A)Original perdu

B) A.D.May. H 154 f° XXIIII

a)      Ibid. Mc26 n° 48

 

 

N°8

5 avril 1100 - 2 décembre 1102/1105

Notre-Dame-du- Bois

 

Notice: Guiter et Mainot son épouse ont donné aux chanoines de l'église Notre-Dame-du­-Bois une terre, du consentement de Maurice qui était destiné à être le seigneur de la terre après la mort de son père Renaud l'Allobroge.

 

A) Original perdu

B) A.D.May. H 154 f° XI (V°)

a) Ibid. Mc26 n° 14

 

 

N°9

5 avril 1100 - 2 décembre 1102/1105

Notre-Dame-du-Bois

 

Notice: Jean Bastard et Forfaite son épouse ont donné à l'église Notre-Dame-du-Bois le part de toutes les prémices qu'ils percevaient sur l'église de Saint-Bomer de Fontaine-Couverte, avec le consentement de Renaud, prêtre de cette église.

 

A) Original perdu

B) A.D.May. H 154 f° XXVII(V°)

a) Ibid. Mc26 n° 53

 

 

N° 10

5 avril 1100 - 2 décembre 1102-1105

 

Notice: Renaud l'Allobroge a demandé à son fils Maurice de donner à l'église Notre-Dame de la Roë la terre de Valète avec toutes ses appartenances, le tout libre de coutumes. Maurice a satisfait la volonté de son père avec l'assentiment de ses frères Henri et Robert.

 

A) Original perdu

B) A.D.May. H 154 f° VII (V°)

a) Ibid. Mc26 n° 8

 

 

N° 11

21 septembre 1100 - 2 décembre 1102/1105

Craon

 

Notice: Maurice de Craon a fait restituer par jugement au prieur Aubin de Notre-Dame-du­-Bois un bœuf qu'un paysan nommé Rorgon avait volé dans la région de Rennes et conduit sur la terre de la communauté canoniale, et qui avait été ensuite enlevé de force par le camérier Lambert.

 

A) Original perdu

B) A.D.May. H 154 f° VII (V°)

a)      Ibid. Mc 26 n° 8 (2e partie)

 

Il est fort probable que le prieur Aubin soit le dernier prieur nommé par Robert d'Arbrissel à Notre-Dame-du-Bois. Cet acte se situe en effet entre deux actes qui mentionnent le seigneur de Craon Renaud l'Allobroge vieux, gravement malade et se sentant proche de la mort, ce qui expli­que d'ailleurs le remplacement de Renaud par son fils Maurice dans l'administration de la sei­gneurie de Craon. De plus, l'acte n° 12 nous rapporte la donation par Renaud le Bourguignon aux chanoines de Notre-Dame-du-Bois de quatre métairies dont les limites sont dites avoir été mon­trées à Quintin - electus abbas - et à Aubin. La présence d'Aubin au côté du nouvel abbé ren­force notre hypothèse.

 

12

2 décembre 1102/1105

Craon, en la chambre de Renaud le Bourguignon

 

Charte: Renaud le Bourguignon, gravement malade et se sentant proche de la mort, prie ses trois fils Maurice, Henri et Robert, de donner à l'église Notre-Dame-du-Bois quatre métairies nou­vellement défrichées sur la terre de Vallula avec toutes leurs appartenances et hébergements, libres de toute coutume, ne conservant pour lui que les haies et leur garde, et en outre la moitié d'un moulin sur l'Usure dont l'autre moitié avait été donnée aux chanoines au moment de la fonda­tion. Maurice, Anguille son épouse, Henri et Robert concèdent.

 

Pour la datation: cf O. Guillot, Le comte d'Anjou ... , t.II, acte C 428 - notes -.

 

A) Original perdu

B) A.D.May. H 154 f° VIII

a) Ibid. Mc26 n°8 (3e partie)



N° 13

17 décembre 1102/1105

 

Notice: Maurice de Craon, Anguille son épouse et Henri son frère ont confirmé à nouveau le don du 2 décembre, en présence de tout le chapitre de Notre-Dame-du-Bois et de l'abbé Pierre d'Airvault envoyé à Notre-Dame-du-Bois par l'évêque d'Angers Renaud de Martigné pour installer Quintin en qualité d'abbé.

 

Pour la datation: cf O. Guillot, Le comte d'Anjou ... , t.II, acte C 428. La confirmation de

Maurice se situe au lendemain de la mort de son père Renaud le Bourguignon.

 

A) Original perdu

B) A.D.May. H 154 f° VIII (V°)

a) Ibid. Mc26 n° 8 (4 e partie)

 

 

N° 14

12 février 1096 - 2 décembre 1102/1105

 

Notice: Hervé de l'Épine a donné à Robert d'Arbrissel l'église d'Arbrissel avec la conces-

sion de sa mère Deset ou Emma et de Marbode évêque de Rennes.

 

A) Original perdu

B) A.D. May. H 154 f° XXIX

a) Ibid. Mc 26 n°56 (1re partie)

 

Par Jean Bienvenu
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 21:28

 

Les annales dites de Renaud ou annales de la Cathédrale d'Angers (108) nous apprennent qu'Urbain II vint à Angers en février 1096 à la demande du légat Milon, ancien moine de l'abbaye bénédictine de Saint­-Aubin d'Angers, dans le but premier de consacrer la nouvelle basilique de cette prestigieuse abbaye. L'acte de fondation de l'abbaye Notre-Dame du Bois ou de la Roë nous mentionne d'ailleurs ce légat: " Furent pré­sents aussi parmi les clercs du pape… Milon, moine de Saint-Aubin" (109). Mais les annales de la Cathédrale d'Angers nous apprennent également le refus surprenant des moines de Saint-Aubin de voir le pape consacrer leur basilique: " En effet, les moines de Saint-Aubin refusèrent qu'il consa­cre leur église, ce pour quoi le pape était venu principalement, conduit par Milon… " (110). Comment expliquer un tel refus?

 

Une chose est certaine : la majeure partie des moines de Saint-­Aubin est hostile au pape. Il suffit de lire dans les annales de Saint-­Aubin lepassage ayant trait au séjour d'Urbain II à Angers pour s'en ren­dre compte: " L'année 1096, le 3 des ides de février, alors que le susdit pape résidait à Angers,… on a souffert d'une terrible éclipse de minuit jusqu'à l'aurore" (111). Une partie des moines est cependant favorable au pape: c'est le cas du prieur Gérard qui sera consacré plus tard abbé de Saint-Maur de Glanfeuil par Urbain II (112). Quant à l'hostilité de la plupart des moines à l'égard du pape, elle implique leur opposition à la réforme grégorienne. Pourquoi ?

 

La bulle du 14 avril 1096, délivrée par Urbain II à l'abbé Gérard de Saint-Aubin, lors de son passage à Saintes et deux mois environ après son séjour angevin, est essentielle pour bien saisir les causes pro­fondes du refus des moines de Saint-Aubin (113). Comme l'a parfaitement souligné O. Guillot " on ne trouve dans ce document rien qui concerne les droits du comte " (114). Bien au contraire, le pape condamne la double ingérence de ce dernier dans les affaires de l'abbaye. Tout d'abord, le but de l'acte est de renforcer le patrimoine abbatial, de le protéger con­tre tout spoliateur, le comte d'Anjou Foulques le Réchin étant implicite­ment visé: " … le monastère du bienheureux Aubin que tu diriges de par l'autorité divine, avec tous les biens qui s'y rattachent, nous les rece­vons sous l'autorité du Siège apostolique… Nous décidons qu'il ne soit pas du tout permis à aucun homme de troubler de manière téméraire ce même monastère, ou d'en ravir les possessions,… " (115). Puis, toujours impli­citement, Urbain II condamne toute intervention comtale dans les élections abbatiales. En effet, il insiste sur l'élection selon la règle de saint Benoît et ne retient des "antiques usages" de l'abbaye que la consécration épiscopale, marquant bien son refus de l'investiture comtale : " Qu'à ta mort, à toi abbé de ce lieu ainsi qu'à celle de tous tes successeurs, per­sonne ne soit mis à sa tête par quelque ruse subreptice ou violence que ce soit, si ce n'est celui qu'auront élu les frères, d'un commun consentement, ou la partie des frères qui est du plus sain conseil, suivant la règle de saint Benoît. Cependant, que l'élu soit consacré par l'évêque d'Angers selon les antiques usages de votre monastère" (116). Ainsi, il semble bien que le comte d'Anjou ne soit pas étranger au refus de la consécration opposé par les moines de Saint-Aubin. Le comte serait-il donc hostile aux idées grégoriennes ?

 

Il est tout à fait possible de penser que la consécration de l'abbaye Saint-Aubin par le pape aurait eu pour conséquence son exemption. Le conflit récent entre les moines de Marmoutier et l'archevêque de Tours au sujet de l'exemption de Marmoutier nous permet d'émettre cette hypothèse (117). Urbain II avait accordé le 16 avril 1090 aux moines de Marmoutier qui la réclamaient une bulle d'exemption. En mars 1096, après son passage à Angers, il vint consacrer la nouvelle église de Marmoutier. De plus, nous savons que" l'exemption monastique soustrait plus ou moins complète­ment un monastère à la juridiction de l'évêque diocésain et, en principe du moins, le rattache directement à Rome" (118). Lorsque l'on sait que l'abbaye Saint-Aubin revêtait pour le comte une importance toute particulière, sa juridiction sur l'abbaye lui ouvrant le contrôle du sacre de l'évêque d'Angers (119), on comprend en quoi le refus opposé par les moines signifie très probablement un refus comtal. Il faut également souligner qu'avant le passage d'Urbain II à Angers, l'abbaye de Saint-Aubin acceptait avec passivité sa dépendance vis-à-vis du comte (120). Le comte a dû jouer sur cette passivité pour obtenir le refus des moines.

 

La bulle du 14 avril 1096 marque un échec pontifical quant à l'exemption de l'abbaye Saint-Aubin d'Angers: "… que l'élu soit consacré par l'évêque d'Angers... " (121). Mais finalement, Urbain II remportera la victoire essentielle car cette bulle sera à l'origine de la disparition de toute ingérence comtale dans l’abbaye. En effet, probablement dans les années 1100-1102, le cartulaire de Saint-Aubin subira des grattages au cha­pitre des élections d'abbés concernant les nominations comtales (122), et l'élection de Renaud de Martigné au siège épiscopal d'Angers, en 1101-1102, ouvrira le diocèse à la réforme grégorienne (123). La simultanéité de ces deux faits ne semble pas tenir du hasard. Enfin, J.M. Bienvenu explique les attentions d'Urbain II à l'égard de Foulques le Réchin, et notamment le don d'une rose d'or à Tours en mars 1096, après le passage du pape à Angers, dans le but d'obtenir l'adhésion du comte à la première Croisade (124). Mais l'essentiel pour le pape n'était-il pas d'obtenir de ce dernier, étant donné la passivité des moines à l'égard des prérogatives comtal es , son renoncement à toute ingérence sur l'abbaye Saint-Aubin, condition nécessaire pour l'implantation des idées grégoriennes en Anjou? C'est peut-être là qu'il faut chercher les causes des attentions pontificales. Ne peut-on d'ailleurs voir dans la bulle du 14 avril 1096, située chronologiquement après le don de la rose d'or, la preuve du succès diplomatique d'Urbain II ?

 

Par Jean Bienvenu
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 21:24

Toute notre étude précédente nous a fait découvrir que le groupe canonial de Notre-Dame-du-Bois, fondé en février 1096 par le seigneur de Craon et confirmé par le pape, avait réussi à préserver son idéal et son caractère érémiti­ques : le groupe est dirigé par trois chanoines, aucun n'ayant reçu la bénédic­tion abbatiale; leur statut est précaire; on ne peut donc pas encore parler de patrimoine foncier; les premières dotations foncières et immobilières sont extrêmement réduites; la nouvelle paroisse est petite. Tous ces éléments nous éclairent considérablement sur les raisons des initiatives d'Urbain Il à l'égard de Robert d'Arbrissel que sont le mandat de prédication (57) et la régularisa­tion du groupe érémitique de la forêt de Craon.

En effet, Urbain II n'a pas cherché à contrecarrer l'idéal érémitique de Robert et de ses compagnons. Bien au contraire, la confirmation solennelle par le pape, le 12 février 1096, «par imposition de la main» (58), de la fonda­tion du groupe canonial régulier, le geste étant encore rehaussé par l'absence des souscriptions des grands dignitaires ecclésiastiques présents, ne peut se comprendre que comme la confirmation éclatante de cet idéal et comme la preuve évidente de la grande estime du pape à l'égard de Robert et de son groupe. Pourquoi une telle estime? Baudri de Bourgueil, dans sa Vita de Robert d'Arbrissel (59), nous apprend que lors de son séjour à Angers, Urbain II entendit parler de Robert et qu'il désira ardemment s'entretenir avec lui. Il lui demanda de prêcher à l'occasion de la consécration de la nouvelle basilique de l'abbaye Saint-Nicolas d'Angers, le 10 février (60) et en sortit édi­fié: « Il a compris que l'Esprit-Saint parlait par sa bouche» (61). C'est ici que se situe le point de départ des deux initiatives pontificales à l'égard de Robert. Urbain II venait alors de se voir refuser par les moines de Saint-Aubin d'Angers la consécration de leur basilique. Or ce refus menaçait dangereuse­ment l'implantation de la réforme grégorienne en Anjou (62). Aussi la décou­verte de cet ermite, si conscient de la crise de l'église d'alors et œuvrant dans le sens de la réforme (63) a dû lui paraître providentielle. Encore fallait-il permet­tre à Robert d'agir avec le maximum d'efficacité. Le mandat de prédication et la régularisation du groupe érémitique de la forêt de Craon, loin de constituer un joug pour Robert, ne pourraient que le soustraire plus facilement aux criti­ques auxquelles son caractère ascétique et son action réformatrice ne manque­raient pas de le confronter. Robert avait d'ailleurs subi récemment les repro­ches d'Yves de Chartres à travers deux lettres que ce dernier lui écrivit avant le passage du pape à Angers (64). L'expérience érémitique de Robert inquiétait le grand canoniste. Celui-ci lui avait conseillé vivement, tout imprégné qu'il était de la règle bénédictine, de ne pas mener seul, sans expérience cénobitique pré­alable, son           « combat spirituel » : « Mais, après que, armé de l'Esprit de conseil et de courage, tu te seras habitué à éviter les ruses de l'ancien ennemi, alors, plus expérimenté dans le combat spirituel, tu pourras seul, si l'occasion s'en présente, engager l'action contre n'importe quels ennemis, dont tu auras appris à repousser le choc en bataille rangée » (65). Ainsi, malgré quelques réticences légitimes que mentionne Baudri de Bourgueil (66), Robert a finale­ment approuvé les initiatives pontificales. Sa présence lors de la confirmation par Urbain II de la nouvelle fondation canoniale est bien le signe de son appro­bation. On le verra d'ailleurs s'intéresser à son groupe de chanoines-ermites. En effet, la venue de l'évêque d'Angers à Notre-Dame-du-Bois est dite avoir été notamment sollicitée par Robert (67). Enfin peut-on parler de contradiction entre les deux initiatives d'Urbain II à l'égard de Robert (68) ? Il est important de remarquer que la régularisation du groupe érémitique de la forêt .de Craon ne semble nullement amoindrir la pleine liberté de Robert et de son groupe. Robert, ni aucun autre chanoine, n'ayant reçu, semble-t-il, la bénédiction abbatiale, aucun lien juridique ne le lie à son groupe. Ainsi, s'il ne peut se dérober à sa mission prédicante, sans désobéir au pape, il est libre de se déta­cher ou non de son groupe, ce qui le garantit contre une éventuelle évolution future de ce dernier qui serait contraire à ses aspirations les plus profondes. Cette liberté laissée par le pape à Robert à l'égard de son groupe canonial n'expliquerait-elle pas en partie son départ définitif de Notre-Dame-du-Bois, tandis qu'on le verra prêcher jusqu'à sa mort (69), inlassablement, docile à l'ordre pontifical?

Par Jean Bienvenu
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 21:18

 

Notre étude des institutions de Notre-Dame-du-Bois, à partir des actes de la pratique, nous a permis de mieux y apercevoir le passage de la vie érémiti­que à la vie cénobitique, mais aussi de souligner le rôle positif joué par Urbain II dans la préservation de l'idéal premier. Le passage d'un état à l'autre se fit de manière progressive. C'est en cela que l'on peut parler de «genèse» de l'abbaye canoniale de Notre-Dame-du-Bois ou de la Roë. Il est intéressant de remarquer que c'est avant tout l'afflux de nouveaux venus qui a déterminé la cénobitisation et non la confirmation de la fondation par le pape le 12 février 1096, s'accompagnant pourtant du choix d'une règle, ou encore la consécration de l'église l'année suivante.

Nous pouvons ainsi discerner trois étapes dans la genèse de l'abbaye canoniale. Dans un premier temps, un groupe de clercs mène une vie érémiti­que dans la forêt de Craon, pleinement libres, sans attache foncière. Puis, à l'initiative du pape de passage à Angers en février 1096, nous assistons à une institutionnalisation de façade de ce groupe: les ermites deviennent des cha­noines, mais leur idéal premier est préservé; ils semblent continuer en effet à mener une vie érémitique; leur organisation n'est pas hiérarchisée; les premiè­res dotations foncières et immobilières sont réduites; un statut foncier apparaît mais il demeure précaire. Enfin, vers 1100 - 1102/1105, la cénobitisation devient peu à peu effective, conséquence de l'accroissement numérique du groupe canonial : une organisation hiérarchisée se met en place avec, notam­ment, un pasteur et un prieur; les dotations se multiplient; un véritable patri­moine se constitue que les chanoines n'hésitent pas à défendre en engageant des procès; un fossé se creuse entre l'idéal des premiers chanoines-ermites et celui des nouveaux venus. N'est-il pas alors tentant pour Robert d'Arbrissel de quitter une communauté dont l'idéal de vie ne répond plus à ses aspirations les plus profondes et de chercher à retrouver, ailleurs, un idéal de vie qui lui tient à cœur, d'autant plus qu'aucun lien juridique ne semble le lier à sa commu­nauté? Avant de quitter Notre-Dame-du-Bois, il ne restait finalement à Robert qu'à poser le dernier jalon de son évolution institutionnelle par le biais de l'élection abbatiale de Quintin qui allait marquer la constitution de la commu­nauté en abbaye. Enfin, cette dernière a-t-elle renié totalement ses origines éré­mitiques? Le temps ne semble pas avoir détruit complètement l'esprit que les premiers chanoines lui insufflèrent. En effet, elle restera pendant longtemps la plus pauvre abbaye angevine (107).

 

Par Jean Bienvenu
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 21:14

 

           I - ÉTABLISSEMENT D'UNE COMMUNAUTÉ

 

Le caractère érémitique de l'organisation du groupe canonial régulier en 1096-1097 va progressivement disparaître. Nous assistons à la mise en place d’institutions typiquement canoniales, évolution qui aboutira à l'élection du premier abbé de Notre-Dame-du-Bois et à la constitution définitive du groupe canonial en abbaye. Nous étudierons successivement ces nouvelles institutions.

 

A. Robert d'Arbrissel, pasteur

Dans l'acte n° 7 (jeudi 5 avril 1100 - 2 décembre 1102/1105), Robert d'Arbrissel est mentionné     « premier père et pasteur de notre congrégation » (70). Il est également mentionné avec le titre de pastor dans l'acte n° 9 que l’on peut dater semblablement. Cette apparition marque une mutation institutionnelle importante à Notre-Dame-du-Bois. Le groupe canonial est désormais dirigé par un seul pater ou pastor et non plus par un groupe de trois chanoines-ermites. Le groupe canonial a fait place à une communauté canoniale mais pas encore à une abbaye: Robert porte le titre de pater ou pastor mais pas celui d'abbas. Il semble bien d'ailleurs qu'il n'ait jamais reçu la bénédiction abbatiale (71). Bien que Robert soit également mentionné avec le titre d'abbas dans l'acte n° 7, nous ne pensons pas qu'il faille en tenir compte, l'acte ayant été rédigé bien a posteriori des faits qu'il rapporte comme le montre l'emploi de l'adverbe olim dans le préambule: « ... qu'aucun homme n'ose abroger l'œuvre de miséricorde qu'a faite autrefois monseigneur Robert d'Arbrissel ... » (72). Par conséquent, la rédaction de cet acte a dû probablement être faite au plus tôt sous Quintin, premier abbé de Notre-Dame-du-Bois, ce qui explique l'emploi du terme abbas. Il faut également souligner l'absence de Robert, alors rem­placé par un prieur nommé par lui (73), dans six des huit actes de notre échan­tillon précédant l'élection du premier abbé de la communauté. Un acte difficile à dater plus précisément, l'acte n° 14 (12 février 1096 - 2 décembre 1102/1105), nous fournit une explication de ces absences, à savoir les prédications itinérantes de Robert, « semeur de la Parole de Dieu en divers lieux» (74).

 

B. Le prieur: une communauté qui se développe

Un prieur apparaît pour la première fois dans l'acte n° 5 (jeudi 5 avril 1100 - 2 août 1101), à la fin de l'épiscopat de Geoffroy de Mayenne, au moment où Robert d'Arbrissel fonde Fontevraud (75). Ce prieur, Gautier le Petit, est un des six premiers chanoines de Notre-Dame-du-Bois mentionnés dans l'acte de fondation. Il semble qu'il y ait eu trois prieurs avant la bénédiction du premier abbé en décembre 1102/1105. Leur ordre chronologi­que probable est le suivant: Gautier le Petit, Guérin, Aubin (76). Le prieur de Notre-Dame-du-Bois est soumis à Robert d'Arbrissel qui le nomme. Ceci est très bien exprimé par la préposition «sous» - sub - que l'on trouve dans cette expression tirée de l'acte n° 5 : « ... Gautier le Petit alors prieur de l'église sous monseigneur Robert d'Arbrissel» (77). Le prieur remplace Robert lorsque celui-ci est absent, ce qui semble être souvent le cas (78). Il reçoit les dons faits à la communauté: «Guillaume a fait don à l'église de la métairie et de la prairie par la main de Gautier le Petit alors prieur de l'église ... » (79). Pourquoi cette apparition d'un prieur un peu plus de quatre ans après la fonda­tion du groupe canonial ? Elle s'explique sans doute par les absences de Robert et par l'accroissement numérique de la communauté. Les quatre actes passés du temps du prieur Guérin (80) peuvent nous permettre d'évaluer leur nombre approximatif. Globalement, ces actes mentionnent, sans compter Robert d'Arbrissel, treize chanoines. Leur nombre a donc doublé depuis la fondation en février 1096.

 

C. Autres indices de développement: le sacristain et les écoliers

Les actes du cartulaire mentionnent également l'existence d'un autre offi­cier claustral, à savoir le sacristain - sacrista - (81). On ne connaît de lui que son nom, relevé dans les souscriptions. Il faut remarquer l'importance du sacristain dans la communauté canoniale. En effet, le sacristain Robert figure dans les actes immédiatement après le prieur Guérin (82), ou en troisième posi­tion lorsque Gautier le Petit est présent (83). Ce dernier est alors placé entre le prieur et le sacristain. La place de Gautier le Petit peut s'expliquer par le fait qu'il fut prieur, probablement avant Guérin. Notons aussi que le chanoine Aubin est toujours mentionné après le prieur Guérin, Gautier le Petit et le sacristain Robert (84). Ces préséances dans les souscriptions ont certainement leur importance. Aubin ne deviendra-t-il pas prieur, probablement après Guérin (85) ?

Toujours durant la même période (5 avri1100 - 2 décembre 1102/1105), l'apparition dans les actes d'enfants - pueri - attachés à la communauté cano­niale est également un signe de l'accroissement de cette dernière mais, en outre, celui d'un changement de mentalités en son sein. En effet, contrairement à des ermites qui attendent tout de la Providence et vivent au jour le jour, sans se soucier du lendemain, les chanoines de Notre-Dame-du-Bois se préoccupent désormais de recruter et de former dans une école leurs successeurs (86). Notons enfin que globalement, les actes n° 6, 7,8 et 9 mentionnent six pueri.

 

D. Quintin, premier abbé de Notre-Dame-du-Bois

L'acte n° 12 (2 décembre 1102/1105) mentionne pour la première fois l'élection d'un abbé à la tête de la communauté canoniale de Notre-Dame-du­-Bois. Le nouvel abbé, Quintin, est dit «élu» - electus -. Il sera béni quinze jours plus tard, le 17 décembre 1102/1105, le lendemain du décès du seigneur de Craon Renaud le Bourguignon, fondateur de la communauté en février 1096 (87). On peut désormais parler d'abbaye pour Notre-Dame-du-Bois. L'élection de Quintin a très probablement eu lieu dans les mois précédant ce 2 décembre, donc au cours d'une des années 1102/1105. Il est très intéressant de rappeler que Quintin fut un des cinq compagnons de Robert dans la forêt de Craon avant la fondation de février 1096, puis qu'avec Robert et Hervé de la Sainte-Trinité il dirigea le nouveau groupe canonial. Quintin fut donc un des chanoines les plus proches de Robert et l’un des plus imprégnés de l'idéal pre­mier. Ne peut-on donc voir dans cette élection la nette empreinte de Robert? Pourquoi ne pas penser que ce dernier l'ait présenté aux suffrages du chapitre de Notre-Dame-du-Bois au moment de quitter définitivement la communauté canoniale pour Fontevraud? Comment expliquer autrement l'élection d'un abbé? Dans ce cas, le départ définitif de Robert serait à dater au plus tôt de 1102 et au plus tard de 1105, du temps de Renaud de Martigné, évêque d'Angers. La fondation de l'abbaye de Fontevraud ayant eu lieu probablement dans les premiers mois de l'année 1101, avant Pâques (88), il faudrait alors penser que Robert d'Arbrissel ait quitté Notre-Dame-du-Bois après avoir fondé Fontevraud. Son départ fut sans doute facilité par le fait qu'aucun lien juridique ne le liait à sa communauté, si nous admettons qu'il n'ait pas reçu la bénédic­tion abbatiale (89). A pu jouer pour son départ le fossé se creusant peu à peu entre son idéal et l'esprit de ses chanoines comme nous le montre notamment un procès obtenu par le prieur Aubin au sujet d'un bœuf (90).

Cette notice mentionne enfin la venue à Notre-Dame-du-Bois de l'abbé Pierre d'Airvault, envoyé par l'évêque d'Angers Renaud de Martigné pour pro­céder à l'installation abbatiale de Quintin. L'abbaye canoniale d'Airvault avait été réformée en 1095 par l'évêque de Poitiers Pierre II qui y avait introduit la règle de saint-Augustin. Le prélat plaça alors à sa tête Pierre, «homme droit et pieux» (91), qui était prieur d'une autre abbaye de chanoines réguliers vivant selon le même ordo, l'abbaye de l'Esterp située près de Limoges (92). L'explication du choix de Pierre d'Airvault par l'évêque d'Angers nous est donnée par une charte datée de 1102/1103, donc de peu antérieure ou posté­rieure à l'installation de Quintin. Renaud de Martigné demande à l'abbé d'Air­vault un ou deux de ses chanoines réguliers pour implanter à Toussaint d'Angers la réforme canoniale et il explique sa préférence par« l'honnêteté des mœurs et la sainteté de vie» des chanoines d'Airvault (93). Nous remarque­rons aussi que Pierre II de Poitiers, réformateur d'Airvault, joua un rôle impor­tant dans l'installation de Robert à Fontevraud (94).

 

                    II - DOTATIONS ET STATUT FONCIER

 

Parallèlement à cette évolution concernant l'organisation de la commu­nauté canoniale, et résultant également de l'accroissement numérique de cette dernière, les dotations foncières et immobilières se développent. L'acquisition de revenus fixes marque une orientation nouvelle de la communauté, rompant avec le passé érémitique. Il en est de même avec l'apparition de la propriété foncière ou immobilière qui marque la constitution véritable d'un patrimoine.

 

A. De nouvelles dotations

L'acte n° 12 (2 décembre 1102/1105) nous apprend que les biens fonciers des chanoines sont désormais trop réduits face à l'accroissement de la commu­nauté. Voici ce que déclare le seigneur Renaud de Craon: « en effet, j'avais fondé cette église jusque-là avec très peu de dons, si bien que le petit bien de l'église ne pouvait nullement suffire aux dépenses des chanoines qui y servent Dieu, à moins que les donations des fidèles ne l'amplifient» (95). Qu'en est-il donc des biens fonciers de la communauté depuis la fondation de février 1096? L'acte n° 4 (5 avril 1100) nous apprend que le noyau foncier initial, à savoir le bois concédé aux chanoines par le seigneur de Craon, a été défriché et réparti en sept manses : «Monseigneur Renaud le Bourguignon, premier fon­dateur de notre lieu, nous avait donné cette terre, à savoir sept manses avec toutes leurs voies d'accès ... » (96). Sans doute faut-il comprendre en effet l'emploi dans cet acte du terme « manse» - masura - par le fait qu'en quatre ans, entre février 1096 et avril 1100, les chanoines de Notre-Dame-du-Bois ont procédé au défrichement du bois, défrichement n'ayant pas été exempt de péri­péties, comme nous l'avons vu (97), puisque l'abattage d'un tronc d'arbre fut à l'origine d'un conflit entre les forestiers du seigneur de Craon et les chanoines. A cette date du 5 avril 1100, les biens fonciers de la communauté semblent réduits à ces sept manses. Entre cette date et celle de la bénédiction abbatiale de Quintin un 17 décembre 1102/1105, les chanoines vont bénéficier de six nouvelles dotations foncières, dont deux de Renaud le Bourguignon (98). Outre ces biens fonciers, les chanoines vont également acquérir la moitié d'une dîme (99) et des prémices (100). Ces derniers ne se contentent donc plus de leur propre travail, du défrichement et de l'agriculture. Cette atteinte à l'idéal érémitique premier doit pouvoir s'expliquer par l'accroissement numérique de la communauté. L'apparition dans les actes n° 7 et 9 (5 avril 1100 - 2 décembre 1102/1105) d'un serf - famulus - et simultanément d'un prévôt - prefectus ou praetor -, c'est-à-dire d'un administrateur des biens fonciers, reflète la même évolution. Il faut mentionner aussi la concession par Renaud de Craon d'un demi-moulin (101). Enfin, l'acte n° 14 (12 février 1096 - 2 décembre 1102/ 1105) rapporte la donation à Robert d'Arbrissel, par un certain Hervé de l'Épine, de l'église d'Arbrissel, à la suite de la prédication de Robert. Mais il est difficile de définir plus précisément la date de cette concession.

 

B. Constitution d'un patrimoine

Vers 1100-1101, l'idéal érémitique premier de pauvreté semble bien encore vivant à Notre-Dame-du-Bois. En effet, l'acte n° 5 (5 avril 1100 - ­2 août 1101) nous rapporte le refus des chanoines d'être propriétaires de la métairie que leur a cédée Guillaume de la Lande - Baruchon malgré le désir de Guérin du Moutiers et d'Isabelle son épouse: « Les chanoines ne voulant pas retenir ce don leur ont donné douze deniers par an » (102). Et pourtant, l'acte n° 4 (5 avril 1100) fait apparaître une conception de la détention foncière qui évolue. Nous avons vu qu'en février 1096, le seigneur de Craon n'avait cédé que la jouissance du bois aux premiers chanoines de Notre-Dame-du-Bois. Le 5 avril 1100, cette situation juridique demeure inchangée mais c'est l'état d'esprit des chanoines qui a changé. En effet, l'acte n° 4, bien qu'il se réfère expressément à l'acte de fondation, en mentionnant notamment le pape Urbain II et plusieurs hauts dignitaires ecclésiastiques qui y furent présents, apporte cependant à cet acte certaines modifications non anodines. L'emploi par les chanoines de l'expression « pour ainsi dire notre propriété » - quasi propria nostra - marque bien le fait que les chanoines se considèrent proprié­taires de leur terre alors qu'ils n'en ont toujours que la jouissance: « ... nous ne voulions nullement rendre aux chanoines de Saint-Nicolas cette dîme de notre terre et toutes les voies d'accès fixant pour ainsi dire notre propriété » (103). Cette transformation des mentalités aboutira à l'acceptation de dons en toute propriété. Ainsi, dans l'acte n° 12 (2 décembre 1102/1105), Renaud le Bourguignon fait don aux chanoines de quatre métairies « libres de son domi­nium» (104), et d'un moulin «pour qu'ils le possèdent en toute propriété par un droit perpétuel» (105). Il est intéressant de noter que Renaud donne « en toute propriété » - inter propria - un moulin dont il avait déjà concédé une moitié lors de la fondation de la communauté en février 1096 (106). Il semble donc qu'alors, de même que pour le bois, les chanoines n'eurent que la jouis­sance de la première moitié du moulin. En tout cas, ces donations en toute pro­priété marquent la constitution véritable d'un patrimoine foncier et immobilier à Notre-Dame-du-Bois. Enfin, il semble que les sept manses constituant le noyau foncier de la communauté conservent leur statut précaire malgré l'évolu­tion  qui s'amorce. En effet, l'acte na 1l (5 avril 1100 - 2 décembre 1102/ 1105) nous rapporte que Lambert, camérier du seigneur de Craon, est venu sur la terre des chanoines et a saisi de force un bœuf qui venait d'être volé dans la région de Rennes par un paysan. L'intervention de Lambert est la preuve de la précarité du statut foncier canonial, les sept manses faisant toujours partie du dominium de Renaud le Bourguignon.

Par Jean Bienvenu
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 21:12

 

 

I - VIE INTÉRIEURE DU NOUVEAU GROUPE CANONIAL

 

Le 12 février 1096, dernier jour du passage du pape Urbain II à Angers, ce dernier confirme solennellement, en présence de nombreux grands dignitai­res ecclésiastiques, la fondation par le seigneur Renaud de Craon d'un groupe canonial régulier. Le seigneur de Craon a en effet concédé, le jour précédent, un bois à six clercs pour qu'ils y édifient une église et y vivent selon la règle de saint Augustin. L'année suivante, le 25 avril 1097, l'église était consacrée par l'évêque d'Angers, Geoffroy de Mayenne, et devenait en outre un centre de vie paroissiale.

Après avoir défini les assises de la fondation et recherché l'identité des bénéficiaires, nous aborderons la création de la paroisse de Notre-Dame-du­-Bois, ce qui nous permettra d'ailleurs de préciser les relations entre le groupe canonial et l'évêque d'Angers. Enfin, dans un troisième point, nous esquisse­rons l'organisation première du groupe.

 

A. Stabilisation d'un groupe érémitique

L'acte n° 1 nous rapporte la fondation dans une forêt d'un groupe canonial régulier: « ... moi, Renaud, fils de Robert le Bourguignon ... , un bois m'appar­tenant proche du château de Craon, pour y édifier une église en l'honneur de la bienheureuse et glorieuse Vierge Marie, je le transfère à perpétuité de mon droit sous celui des chanoines vivant dans cette même église sous la règle de saint Augustin ... , à cette condition toutefois qu'aucun autre ordre ne soit admis à l'intérieur de cette susdite église, dans le présent ou dans l'avenir, si ce n'est celui des chanoines y vivant selon la règle » (13). Or la fondation d'un groupe canonial nécessite l'établissement de bases sans lesquelles il ne pourrait exister et se développer. Nous pouvons distinguer dans cet acte de fondation trois modes de fixation du nouveau groupe: les chanoines sont attachés à un lieu, le bois - boscum -, à un bâtiment, l'église - ecclesia -, et à un code de vie, la règle de saint-Augustin - regula beati Augustini -. Il est d'ailleurs tout à fait remarquable que les trois expressions employées dans l'acte pour définir les chanoines soient les suivantes: loci fratres, clerici in prefata ecclesia ... degen­tes, canonici canonice.

Mais que nous apprend cet acte de fondation quant à l'identité de ses bénéficiaires? Ces derniers sont au nombre de six et sont tous clercs. Nous sommes même renseignés sur le nom de quatre d'entre eux: « Robert, Quintin et deux Hervé » (14). Mais l'acte n° 1 ne nous permet pas d'avoir d'autres pré­cisions à leur sujet. L'acte n° 2 (12 février 1096-25 avril 1097), proche chronologiquement de l'acte de fondation, nous fait connaître les noms des deux autres chanoines: Humbert et Gautier le Petit. Il nous permet également de pouvoir affirmer que le chanoine Robert mentionné dans l'acte n° 1 est Robert d'Arbrissel. De plus l'acte n° 3 (25 avril 1097) nous précise le nom d'un des deux Hervé, à savoir Hervé de la Sainte-Trinité. Ainsi, les six pre­miers chanoines de Notre-Dame-du-Bois sont les suivants: Robert d'Arbris­sel, Quintin, Hervé de la Sainte-Trinité, Hervé, Humbert et Gautier le Petit. Mais qu'en est-il de leur passé pré-canonial ? La notice n° 2 nous apporte des renseignements essentiels: avant le donum du seigneur de Craon, les chanoi­nes menaient une vie érémitique dans sa forêt: « ... après le don de Renaud le Bourguignon les forestiers voulurent avoir sa villicatio et toutes les coutu­mes qu'ils avaient dans tout le reste de la forêt tant avec les ermites qu'avec ses autres hommes » (15). Dans l'acte n° 3, nous trouvons même le terme « désert» - heremum - pour désigner le bois concédé aux chanoines en février 1096. Ce terme appartient au même champ sémantique que «ermite» - heremita -. Il marque bien la recherche de solitude propre à tout ermite. En février 1096, Renaud a donc concédé à des ermites la partie de sa forêt qu'ils occupaient jusqu'alors, pour qu'ils y vivent canonice. Ces six ermites, comme nous l'avons vu, étaient tous clercs, ce qui n'est pas étonnant, l'érémitisme de l'Ouest grégorien étant surtout clérical (16). L'acte n° 2 va jusqu'à nous indi­quer que le chanoine Humbert était le premier ermite de la forêt de Craon. Ne pourrait-on pas assimiler Humbert au clerc, cité par Baudri de Bourgueil dans sa Vita de Robert d'Arbrissel, qui accompagne ce dernier au désert (17) ? : « Il arriva un jour que, renonçant au monde et en compagnie d'un prêtre, il s'envola vers le désert longtemps désiré et gagna la forêt ... » (18). Ne pour­rait-on pas assimiler également Humbert à un certain Lambert, mentionné dans une des deux lettres écrites vraisemblablement à Robert d'Arbrissel par Yves de Chartres (19), au tout début de l'expérience érémitique de Robert (20), et cela d'autant plus que la confusion entre les deux noms est facile. Cela ne pourrait que renforcer l'opinion qui tend à penser que le destinataire des deux lettres d'Yves est Robert d'Arbrissel. Voici ce qu'écrit Yves de Chartres à Robert: «Excuse-moi près du frère Lambert, si je n'ai pu encore lui écrire comme il le désire: dès que je le pourrai, je lui écrirai ce que Dieu m'inspirera» (21).

 

B. Ministère paroissial

 

1. L'église

Comme nous l'avons vu précédemment, le seigneur Renaud de Craon a concédé un bois aux nouveaux chanoines «pour y édifier une église en l'hon­neur de la bienheureuse et glorieuse Vierge Marie» (22). L'acte n° 3 (25 avril 1097) nous apporte à ce sujet une précision très intéressante, soulignant que le premier autel a été consacré « en l'honneur de la très glorieuse Vierge Marie et de saint Jean l'Évangéliste son serviteur » (23). Outre que la dédi­cace d'une église à la Vierge et à un autre saint soit d'un usage très répandu dans les fondations de l'époque (24), il est remarquable que l'on retrouve cette même dédicace quelques années plus tard pour les oratoires des prieurés fonte­vristes établis par Robert d'Arbrissel (25). Cette constante marque bien la dévotion toute spéciale de Robert envers la Vierge et saint Jean l'Évangéliste.

La consécration de l'église n'ayant eu lieu qu'un peu plus d'un an après la fondation du groupe canonial, il est fort probable que le bâtiment fut construit en bois, du moins en grande partie. D'ailleurs, le conflit rapporté par l'acte n° 2 (12 février 1096-25 avril 1097) semble bien avoir pour origine le défrichement du bois canonial dans le but d'édifier l'église, défrichement portant atteinte aux droits des forestiers sur le bois des chanoines; ceux-ci ne pouvant abattre libre­ment les arbres nécessaires à la construction de l'église, celle-ci est compro­mise: « ... après le don de monseigneur Renaud le Bourguignon, les forestiers ont voulu conserver sa villicatio et toutes les coutumes qu'ils avaient dans tout le reste de la forêt tant avec les ermites qu'avec ses autres hommes. C'est pour­quoi les forestiers Bernard et Renaud ont pris la hache des mains d'Humbert, le premier ermite, qui abattait un seul tronc d'abeilles ... D'où Humbert et d'autres, très tristes, ont prié monseigneur Renaud, seigneur de Craon, lui dis­ant de défendre son don contre les forestiers sinon ils ne construiraient pas davantage en son aumône mais ils fuiraient vers une autre terre» (26).

 

2. La création de la paroisse

Le 25 avril 1097 (27), l'évêque d'Angers Geoffroy de Mayenne vient consacrer le premier autel et bénir le cimetière du groupe canonial régulier de Notre-Dame-du-Bois. Sur le point de bénir le cimetière, Geoffroy de Mayenne décide d'ériger une paroisse dont les chanoines auraient la cura animarum. A la fin du XIe siècle en effet, le problème de la cura animarum et de sa compati­bilité avec l'état canonial ne se pose pas encore. Il ne se posera qu'au XIIe siè­cle (28). Urbain II n'était d'ailleurs pas du tout défavorable à la pratique du ministère paroissial par les chanoines réguliers (29). En ce qui concerne notre groupe canonial, il semble que cette création d'une paroisse n'était pas prévue dans le programme de la visite épiscopale. Dans le cas contraire, Geoffroy de Mayenne n'aurait sans doute pas eu besoin de demander au seigneur de Craon « s'il existait quelques personnes ... dans la forêt qui pourraient en liberté être paroissiennes de ce cimetière qu'il voulait bénir » (30). Cette demande entraîne une délibération de Renaud de Craon, de ses fils et d'hommes libres, qui reflète bien l'innovation épiscopale. D'ailleurs, si on se réfère au début de la notice, il n'est fait aucune mention de la création d'une paroisse, le but de la venue de l'évêque d'Angers étant précisément la consécration de l'église et la bénédiction du cimetière. Si l'on admet cela, ce serait donc de sa propre initia­tive que Geoffroy de Mayenne aurait érigé la paroisse de Notre-Dame-du­Bois, alors que la consécration de l'église et la bénédiction du cimetière furent le résultat des prières du seigneur de Craon, de ses fils et de deux chanoines de Notre-Dame-du-Bois à savoir Robert d'Arbrissel et Quintin: « ... monseigneur Geoffroy qui est surnommé de Mayenne, évêque d'Angers d'une grande noblesse, prié par les seigneurs de notre lieu, à savoir monseigneur Renaud l'Allobroge et ses fils, et en outre par nos pères Robert à savoir d'Arbrissel et Quintin, a bien voulu visiter notre lieu avec une certaine partie des personnes de l'église de Saint-Maurice» (31). Cet acte n° 3 met donc en relief le rôle important joué par l'évêque d'Angers dans la genèse du groupe canonial régu­lier de Notre-Dame-du-Bois, ainsi que l'intérêt qu'il semble lui porter. Il nous faut aussi souligner les liens étroits qui unissent l'évêque à ce groupe. Les cha­noines sont soumis étroitement au pouvoir de juridiction de l'évêque que celui­-ci exerce, entouré de son chapitre diocésain. Il l'exerce, d'une part, par la visite de l'église de Notre-Dame-du-Bois; d'autre part, par la tenue de synodes. Les chanoines doivent en contre-partie verser à l'église d'Angers la somme de trois sous au lieu du montant habituel de quatre sous: « ... monseigneur Robert d'Arbrissel est parti pour Angers avec ses associés, à savoir Quintin et Hervé de la Sainte-Trinité, et là, en présence de monseigneur Geoffroy évêque et de tout le chapitre de Saint-Maurice, il a été établi que notre église devrait trois sous à son église-mère, pour le synode et la visite épiscopale, parce que la paroisse était petite, alors que les autres devaient quatre sous à leur église­ mère ... » (32). Enfin nous remarquerons qu'il n'est fait aucune mention de la dîme dans cette notice. On peut en déduire que l'évêque d'Angers ne l'a pas concédée aux chanoines de Notre-Dame-du-Bois. Ceux-ci continuent donc de la payer au chapitre canonial de Saint-Nicolas de Craon; il en est probable­ment de même pour leurs paroissiens. Un acte ultérieur, l'acte n° 4 (5 avril 1100), nous apprend en effet que le bois concédé aux premiers chanoines de Notre-Dame-du-Bois dépendait de la paroisse desservie par ce chapitre craon­nais. A la suite de cette concession, nos chanoines refusèrent de leur verser la dîme, ce qui fut à l'origine d'un conflit qui ne prit fin que quatre ans plus tard: «Nous voulons que soit connu ... cet accord que nous avons conclu avec les chanoines de l'église Saint-Nicolas de Craon au sujet de la dîme de notre terre qu'ils disaient, par suite du don du seigneur Renaud le Bourguignon, leur appartenir depuis longtemps» (33).

 

3. Un groupe canonial à caractère érémitique

Qu'en est-il de l'organisation de ce nouveau groupe canonial issu de l'éré­mitisme? L'acte n° 1 (11 février 1096) va nous fournir l'élément de réponse et plus précisément la toute dernière phrase de l'acte. Celle-ci mentionne les bénéficiaires de la concession, c'est-à-dire les premiers chanoines de Notre-­Dame-du-Bois. Il est tout à fait remarquable qu'aucune prééminence de l'un sur les autres ne soit soulignée; aucun ne porte de titre indiquant son droit à repré­senter le groupe canonial régulier: « quant aux clercs vivant sous la règle dans la susdite église: Robert, Quintin, deux Hervé et deux autres» (34). Or ceci est caractéristique de l'érémitisme (35). S'il n'y a pas prééminence d'un cha­noine sur les autres, il semble y avoir plutôt une prééminence de trois chanoi­nes sur les autres. C'est ce que nous apprend la liste des témoins de l'acte n° 2 (12 février 1096-25 avril 1097) : «quant aux clercs de la susdite église: mon­seigneur Robert d'Arbrissel, monseigneur Quintin, monseigneur Hervé, Gautier le Petit» (36). Le terme « monseigneur» - donnus - est un titre hono­rifique impliquant bien une prééminence morale des chanoines Robert, Quintin et Hervé sur Gautier le Petit et donc sur le reste du groupe canonial. Dans l'acte n° 3 (25 avril 1097), nous retrouvons ensemble Robert, Quintin et Hervé, ces derniers étant mentionnés comme les « associés » - socii - de Robert. Ce terme, appartenant au vocabulaire érémitique, renforce l'idée d'égalité entre eux (37). De plus, il semble que les décisions concernant le groupe canonial de Notre-Dame-du-Bois soient prises par ce petit groupe de socii dans son ensem­ble et non uniquement par Robert d'Arbrissel. Ce sont Robert et Quintin qui sollicitent de l'évêque d'Angers la consécration de leur premier autel et la béné­diction de leur cimetière (38). Ce sont également Robert, Quintin et Hervé qui vont ensuite à Angers pour la fixation du montant des droits de synode et de visite (39). Le nouveau groupe canonial semble donc être dirigé par trois ermi­tes comme le montre l'emploi du terme socii. Ne pourrait-on pas admettre alors l'idée d'un groupe canonial menant dans son ensemble une vie érémitique? Dans ce cas, il serait d'ailleurs préférable de parler de chanoines-ermites. La fondation du groupe canonial de Notre-Dame-du-Bois en février 1096 ne serait donc pas accompagnée de la mise en place d'une organisation cénobitique et notamment d'une bénédiction abbatiale. Au contraire, la transition de l'érémi­tisme à la vie canoniale semble imperceptible; l'idéal érémitique premier sem­ble préservé. Il est difficile dans ce cas de considérer l'acte n° 1 comme la charte de fondation d'une abbaye. Il serait préférable de parler de la fondation d'un groupe canonial à caractère érémitique.

Enfin, comment peut-on concilier la règle de saint-Augustin mentionnée dans l'acte n° 1 et l'organisation érémitique du groupe canonial ? Les trois prin­cipales règles attribuées à tort ou à raison à saint Augustin sont les suivantes (40) : la regula prima; l'Ordo monasterii ou regula secunda; enfin la regula ad servos Dei nommée aussi praeceptum ou regula tertia, se présentant sous une double forme masculine et féminine. Il est fort probable que le texte men­tionné par l'acte de fondation soit la regula tertia qui alors « était considérée plus comme un modèle de genre de vie que comme un texte à suivre » (41). « Elle ne constitue pas en effet une règle proprement dite mais contient des directives générales pour la vie spirituelle» (42). Robert n'a pas dû être étran­ger au choix d'une telle règle qui lui permettait d'organiser son groupe à son gré.

 

II - PREMIÈRES DOTATIONS ET STATUT FONCIER

 

Après avoir présenté l'organisation interne du groupe canonial, nous étu­dierons le mode de détention foncière des chanoines-ermites, étude qui nous confortera dans . l'idée que ce groupe mène une vie érémitique. Aussi, nous définirons brièvement dans un premier point les dotations initiales dont le groupe canonial a été l'objet puis nous aborderons le statut foncier de ce groupe et enfin les conflits dont ce statut fut à l'origine.

 

A. Des dotations foncières et immobilières réduites

Les dotations foncières des années 1096-1097 se réduisent au bois concédé aux chanoines-ermites par le seigneur Renaud de Craon au moment de la fondation. L'acte n° 4 (5 avril 1100) peut nous permettre d'évaluer l'importance de ce bois. Cet acte, qui se réfère explicitement à la charte de fon­dation, rapporte en effet ceci: « Monseigneur Renaud le Bourguignon, premier fondateur de notre lieu, cette terre à savoir sept manses ... il nous l'avait don­née ... » (43). Comme nous le verrons ultérieurement (44), le bois, défriché entre 1096 et 1100, a été réparti en sept manses. Nous pouvons en déduire la pauvreté des dotations foncières initiales. Il en est de même des dotations immobilières. Bien que l'acte n° 1 ne le mentionne pas, la charte n° 12 (2 décembre 1102/1105) nous apprend qu'au moment de la fondation les cha­noines ont également reçu de Renaud l'Allobroge un demi-moulin: « ... j'ai prié mes trois fils ... pour que les quatre nouvelles métairies ... ils les donnent à l'église de Notre-Dame-du-Bois,. et avec celles-ci la moitié d'un moulin dont j'avais déjà donné l'autre moitié à la susdite église au cours de la première donation de terre que j'ai faite» (45). Comment expliquer l'absence de ce donum dans la charte de fondation, voire dans un acte ultérieur? Renaud a sans doute pris la décision de ce don après la rédaction de la charte. De plus, il est possible que la transmission ait été orale ou encore que l'acte écrit n'ait pas été conservé par le temps.

 

B. Un statut foncier précaire

L'acte n° 3 du cartulaire (25 avril 1097) est essentiel, car il présente une expression qui ne laisse planer aucun doute sur sa signification et va nous per­mettre de commencer notre étude foncière sur des bases solides. Voici ce que nous rapporte cette notice: « ... monseigneur Geoffroy, qui est surnommé de Mayenne ... , prié par les seigneurs de notre lieu, à savoir monseigneur Renaud l'Allobroge et ses fils ... a daigné visiter notre lieu ... » (46). L'expression «par les seigneurs de notre lieu» - a senioribus loci nostri - nous révèle que les chanoines-ermites de Notre-Dame-du-Bois ne sont pas propriétaires du lieu qu'ils occupent; ils n'en ont que la tenure; ce lieu fait partie du dominium du seigneur de Craon. En fait, nos chanoines ont le même statut foncier que des serfs. Une étude lexicale de l'acte n° 1 concernant le statut foncier du groupe canonial n'infirme aucunement ces affirmations. Ainsi, dans cet acte, le sei­gneur Renaud de Craon déclare: « ... mon bois ... je le transfère à perpétuité ainsi en propre et exempt de toutes coutumes, comme je l'ai tenu et tiens en propre et tranquille jusqu'à ce présent jour de Foulques le Jeune comte d'Anjou» (47). Or le verbe tenere« indique simplement la jouissance que l'on a d'un bien, mais n'implique aucun droit solide. Il n'implique même pas la pos­session, mais simplement la détention» (48). L'emploi de la locution conjonc­tive ita ... qualiter exprime bien le fait que Renaud de Craon ne transfère aux chanoines que la jouissance du bois, lui-même conservant la propriété émi­nente de ce dernier. La même réflexion peut être adoptée en ce qui concerne le verbe attribuere employé dans le même acte par Renaud: « Renaud de Craon ainsi que son fils Maurice a concédé aussi à la susdite église et aux frères de ce lieu tout ce que de son fief en quelque lieu que ce soit ils achèteraient en outre, ou tout ce qui serait attribué à cette même église parmi les biens appar­tenant à son dominium» (49). Le verbe attribuere n'implique lui aussi aucun droit solide (50). Il faut remarquer d'ailleurs que les attributions de biens aux chanoines, de même que les achats éventuels de ces derniers, sont tous circons­crits géographiquement au fief de Renaud de Craon, donc à des biens tenus de ce dernier, à des tenures; leur achat par les chanoines ou leur attribution à ces derniers n'entraîne pas obligatoirement leur exclusion du dominium de Renaud. A la lumière de l'acte n° 3 du cartulaire de Notre-Dame de la Roë, l'acte n° 1 nous apparaît comme un acte de cession et non de donation. Et cela a son importance car on peut en déduire avec certitude que les ermites de la forêt de Craon, avant le passage d'Urbain II à Angers, n'avaient absolument aucun droit, si précaire fût-il, sur la terre qu'ils occupaient. Dès maintenant, nous pouvons aussi remarquer que l'ambiguïté des termes de cette charte ne pourra que faciliter l'évolution future du groupe de chanoines-ermites vers une véritable cénobitisation, avec constitution d'un patrimoine solide.

 

C. Un statut foncier source de conflits

Deux conflits sont rapportés respectivement par l'acte n° 2 (12 février 1096-25 avril 1097) et l'acte n° 4 (Jeudi 5 avril 1100) du cartulaire. Il est notoire qu'ils prennent l'un et l'autre naissance à la suite de la cession de Renaud le Bourguignon de février 1096. Ainsi l'acte n° 2 précise bien: «après le don de Renaud le Bourguignon» (51) ; il en est de même pour l'acte n° 4 : « à partir du don de Renaud le Bourguignon» (52). Quant à leur cause, ces conflits résultent bien de la précarité du statut foncier des chanoines-ermites.

La notice n° 2 rapporte qu'« après le don de Renaud le Bourguignon les forestiers voulurent avoir sa villicatio et toutes les coutumes qu'ils avaient dans tout le reste de la forêt tant avec les ermites qu'avec ses autres hommes» (53). L'emploi des adverbes corrélatifs de quantité tam et quam exprime bien l'assimilation des ermites aux autres hommes de Renaud de Craon effectuée par les forestiers. Pour ces derniers en effet, la fondation de 1096 a eu pour conséquence de placer les chanoines sous la dépendance seigneuriale de Renaud de Craon, ce qui ne peut se comprendre que par la précarité de leur nouveau statut foncier. Mais les chanoines ne font guère la distinction entre leur nouveau statut et leur manque de statut d'avant la fondation. Ils ne com­prennent pas que les forestiers puissent avoir désormais des droits sur leur terre. Le fait qui a déclenché le conflit est l'abattage d'un tronc d'arbre par le chanoine-ermite Humbert. L'auteur de la notice précise même « un seul tronc » - unum truncum -, ce qui reflète bien la stupéfaction et une certaine naïveté des chanoines que l'on retrouvera dans l'appel fait par ces derniers à Renaud « pour qu'il défende son don des forestiers » (54), bien qu'ils n'aient aucun droit à avancer pour leur défense. Et ne pouvant mettre en avant aucun droit solide sur la terre dont ils jouissent, il ne leur reste qu'à menacer de partir: « ... sinon ils ne construiraient pas davantage mais fuiraient vers une autre terre » (55). Il est intéressant de noter ce réflexe très érémitique des premiers chanoines : l'ermite est libre et obéit à la Providence divine qui le dirige.

Quant à l'acte n° 4 du cartulaire, il rapporte un conflit ayant éclaté entre les chanoines de Notre-Dame-du-Bois et ceux de Saint-Nicolas de Craon, les premiers refusant de verser la dîme due aux seconds pour leur terre: «Nous voulons que soit connu ... l'accord que nous avons conclu avec les chanoines de l'église de Saint-Nicolas de Craon au sujet de la dîme de notre terre qu'ils disaient, par suite du don de Renaud le Bourguignon, leur appartenir depuis longtemps» (56). La revendication des chanoines de Craon ne peut également s'expliquer que par la précarité du statut foncier des chanoines de Notre-Dame­du-Bois. En effet, avant la cession, aucun lien juridique ne liant les ermites à la terre qu'ils occupaient, ces derniers étaient donc pleinement libres et indépen­dants et n'avaient aucune raison de payer la dîme. Puis Renaud leur ayant cédé un bois, c'est-à-dire une tenure, ils ont donc désormais un statut foncier défini, semblable à celui des serfs de Renaud. Par conséquent, leur terre faisant partie de la paroisse desservie par les chanoines de Saint-Nicolas de Craon, ils doi­vent leur verser la dîme.

Par Jean Bienvenu
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