I.7- CONCLUSION

Publié le par Jean Bienvenu

 

Notre étude des institutions de Notre-Dame-du-Bois, à partir des actes de la pratique, nous a permis de mieux y apercevoir le passage de la vie érémiti­que à la vie cénobitique, mais aussi de souligner le rôle positif joué par Urbain II dans la préservation de l'idéal premier. Le passage d'un état à l'autre se fit de manière progressive. C'est en cela que l'on peut parler de «genèse» de l'abbaye canoniale de Notre-Dame-du-Bois ou de la Roë. Il est intéressant de remarquer que c'est avant tout l'afflux de nouveaux venus qui a déterminé la cénobitisation et non la confirmation de la fondation par le pape le 12 février 1096, s'accompagnant pourtant du choix d'une règle, ou encore la consécration de l'église l'année suivante.

Nous pouvons ainsi discerner trois étapes dans la genèse de l'abbaye canoniale. Dans un premier temps, un groupe de clercs mène une vie érémiti­que dans la forêt de Craon, pleinement libres, sans attache foncière. Puis, à l'initiative du pape de passage à Angers en février 1096, nous assistons à une institutionnalisation de façade de ce groupe: les ermites deviennent des cha­noines, mais leur idéal premier est préservé; ils semblent continuer en effet à mener une vie érémitique; leur organisation n'est pas hiérarchisée; les premiè­res dotations foncières et immobilières sont réduites; un statut foncier apparaît mais il demeure précaire. Enfin, vers 1100 - 1102/1105, la cénobitisation devient peu à peu effective, conséquence de l'accroissement numérique du groupe canonial : une organisation hiérarchisée se met en place avec, notam­ment, un pasteur et un prieur; les dotations se multiplient; un véritable patri­moine se constitue que les chanoines n'hésitent pas à défendre en engageant des procès; un fossé se creuse entre l'idéal des premiers chanoines-ermites et celui des nouveaux venus. N'est-il pas alors tentant pour Robert d'Arbrissel de quitter une communauté dont l'idéal de vie ne répond plus à ses aspirations les plus profondes et de chercher à retrouver, ailleurs, un idéal de vie qui lui tient à cœur, d'autant plus qu'aucun lien juridique ne semble le lier à sa commu­nauté? Avant de quitter Notre-Dame-du-Bois, il ne restait finalement à Robert qu'à poser le dernier jalon de son évolution institutionnelle par le biais de l'élection abbatiale de Quintin qui allait marquer la constitution de la commu­nauté en abbaye. Enfin, cette dernière a-t-elle renié totalement ses origines éré­mitiques? Le temps ne semble pas avoir détruit complètement l'esprit que les premiers chanoines lui insufflèrent. En effet, elle restera pendant longtemps la plus pauvre abbaye angevine (107).

 

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